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Tous les chemins mènent à l’herbe

Jeudi 18 décembre, le Cédapa organisait un rendez-vous technique sur le thème des chemins à Plouégat-Guérand (29). L’idée était de partager les expériences d’éleveurs qui ont créé dernièrement des accès stabilisés pour sortir plus facilement les vaches à l’herbe.

Suite à une formation sur le sujet organisée l’année dernière par le Cédapa, plusieurs élevages ont investi dans des chemins de qualité pour mener le troupeau aux pâtures.

Du béton à la SCEA de Kerdeunet

Monique et Jean-Roger Morin, installés à Plouigneau, ont réalisé environ 400 m de chemin bétonné. « Maintenant, c’est une autoroute de 2,50 m de large qui part vers les prairies », raconte le producteur de lait. Au total, il aura fallu « tirer 42 m3 de béton, soit une livraison de 6 toupies. » Ces aménagements en dur n’ont pas été placés au hasard : « Nous avons créé deux chemins de 200 m de chaque côté de la stabulation. Ils concernent en fait les deux zones les plus problématiques auparavant. » Pour ce faire, une couche de 20 à 30 cm de terre arable a d’abord été décapée. Le lendemain, 42 chargements de cailloux, — « ce n’est pas ce qui manque chez nous, il y en a  peu importe où on creuse », précise Jean-Roger, — ont été étalés et « cylindrés ». Le surlendemain, le béton était coulé, « un jour de très beau temps fin août », simplement « tiré au râteau pour garder un aspect rugueux. Au départ, les animaux qui découvraient le chemin levaient les pattes sur cette nouvelle surface. Mais finalement, l’acclimatation s’est bien faite et je n’ai levé qu’un seul pied depuis cette rénovation des accès. » Et l’éleveur d’avouer : « Faire de bons chemins, j’y pensais en fait depuis 10 ans déjà… » Aurélie Chauveau, animatrice au Cédapa, rebondit : « En effet, la mise en place des chemins est souvent la dernière étape du processus. D’abord, on aménage son parcellaire en paddocks puis on trace son circuit d’abreuvement. Ensuite, on prend le temps d’observer ses surfaces : là où de l’eau stagne à la mauvaise saison, où il y a de la boue, il ne faut surtout pas placer un passage au risque qu’il vieillisse mal. » Le coût des travaux à la SCEA a atteint  6 132 € (1 860 pour le tractopelle et le cylindre ; 4 272 € pour le béton), soit 7 € / m2.

Des cailloux sans décaisser à L’EARL de Pors Cadiou

À L’EARL de Pors Cadiou, chez Nicole et Guy Moy, à Plouégat-Guérand, un chemin stabilisé « pour aller à la vallée » existe depuis 12 ans. « À l’époque, nous avions simplement étalé des cailloux, « du 0/70 », sur le champs avant de les tasser et rouler. Rien de plus », raconte Guy. Dans cette zone qui a l’avantage de profiter de terres portantes où l’eau est rapidement absorbée, le passage ne s’est pas dégradé avec le temps « alors que 60 vaches y passent quatre fois par jour. Ici, le lendemain d’une journée de pluie, on peut sortir le troupeau. Les chemins sont suffisamment ressuyés. »

Combien de béton ?

« Quand seuls les vaches et le quad empruntent le chemin, une épaisseur de 5 cm de béton peut suffire », conseille Aurélie Chauveau du Cédapa. « Mais là où des engins, comme un tracteur et une tonne à lisier par exemple, passent, il faut prévoir dès le départ une épaisseur de béton supérieure. »

Seule la sortie de la stabulation et l’accès menant au boviduc sont bétonnés « car ce sont des zones plus sensibles à l’usure. » Un bon réflexe pour Aurélie Chauveau qui insiste sur « l’importance de stabiliser en priorité les sorties d’étable » qui s’abîment plus vite. En n’hésitant pas à « élargir le passage spécifiquement à ces endroits stratégiques », ajoute Jean-Roger Morin.

Ce projet de boviduc, récemment réalisé, a été financé (35 000 € au total) par la municipalité et par les éleveurs qui ont reçu des aides partielles de Morlaix communauté et de Groupama. Ce passage souterrain est venu faciliter la traversée de la route  attenante à l’exploitation. De l’autre côté se trouve un îlot de 15 ha de prairies. « Nous y sortions déjà les vaches, mais désormais le troupeau n’emprunte plus le même tracé pour y accéder », note Nicole. « Avant, il fallait être trois pour faire traverser le troupeau. Et puis c’était dangereux et stressant. Surtout l’été avec les gens pressés de rentrer de la plage… », ironise Guy. Ensuite, un nouveau chemin de 200 m a été réalisé à la sortie du boviduc en s’appuyant sur la même recette : « 5 semis de 30 t environ de 70/30 ont été étalés, sans décaissage, directement sur le sol. » Au total, l’EARL a investi 2 814 € (6,4 € / m2) pour les 220 m2 de chemin en pierre et 600 € (6,8 € / m2) pour les 40 m de chemin en béton.

Des pierres après décaissage au Gaec du Liorz

Au Gaec du Liorz, les éleveurs ont préféré « les cailloux au béton » pour réaliser 600 m de chemin en juin dernier. « Nous avons d’abord décaissé le sol sur 30 à 40 cm d’épaisseur sur une largeur de 3 à 4 m environ. Ensuite, nous avons rechargé avec 900 m3 de gros cailloux, un matériau présent en abondance puisqu’une veine traverse l’exploitation. Enfin, nous avons terminé par une couche de 0/14, du très fin, 300 t au total achetées en carrière. Au final, comme le fond du chemin est dur, nous pouvons y rouler sans problème en tracteur. » À l’entrée du premier hiver, l’intérêt de l’investissement est déjà apprécié : « Pour le moment, jusqu’au 20 décembre, les vaches sont sorties. Avant, elles sortaient aussi, mais nous voyions bien qu’elles n’étaient pas motivées et puis c’était la galère pour les nettoyer quand elles avaient traversé des passages boueux. Maintenant, au premier rayon de soleil, le troupeau part au pâturage de lui-même. »

Quel type de cailloux ?

Guy Moy, éleveur à Plouégat-Guérand, préfère « les cailloux de taille 0/70 qui se tassent mieux avec la pluie que les 0/30. Attention aussi que les éléments fins soient bien du sable, pas de la terre comme quand une carrière exploite une nouvelle veine… » Aurélie Chauveau du Cédapa ajoute qu’il est préférable d’utiliser « du granit plutôt que du schiste dont la structure en feuillets est plus agressive pour les pieds des vaches. »

Reste pourtant un dernier aménagement à mener : « sur 50 ou 60 m en sortie de stabulation, il faudra mettre du béton ou de l’enrobé car l’eau à tendance à stagner à l’endroit le plus fréquenté. » Parallèlement aux chemins, le Gaec en a profité pour enterrer le réseau de distribution de l’eau dans les prairies et placer des bacs à eau neufs. « Dans le cadre du Plan algues vertes, nous avons pu bénéficier de subventions pour financer ces travaux. Au total, l’investissement s’élève à 10 449 € pour lesquels nous avons récupéré 4 800 €… » Aurélie Chauveau précise : « Celles-ci atteignent jusqu’à 40 % du montant, et même 50 % pour un jeune agriculteur… Par exemple, jusqu’à 20 € / m2 de chemin, 150 € / ha pour une clôture fixe… » Toma Dagorn

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