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De l’art d’un bon tassage du maïs

Alors que taille des chantiers et des troupeaux et largeur de coupe des ensileuses ne cessent d’augmenter, le recours à deux tasseurs est devenu indispensable. Une bonne conservation du maïs passe avant tout par un excellent tassage, exercice périlleux à maîtriser.

Préparer le sol, semer, désherber, ensiler, tasser, couvrir… Le maïs est une course à étapes cruciales pour bon nombre d’élevages bretons comme au Gaec de La Ville Auvais, à Planguenoual. Pas question donc de galvauder tant d’efforts à l’heure de rentrer le fourrage. Aujourd’hui justement, c’est le chantier de récolte. Deux tasseurs sont à pied d’œuvre pour monter deux tas en parallèle. « Cette année, il y a 20 ha sur 25 à ensiler dans des parcelles situées à moins de 500 m de la ferme. Avec une ensileuse 10 rangs à la manœuvre, le débit de chantier est très élevé », fait remarquer Yves Allée, l’un des associés. En effet, le ballet des remorques est incessant. « Pour autant, un excellent tassage est indispensable, martèle-t-il. Or je me rappelle qu’il y a deux ans, avec l’arrivée de ces grosses ensileuses dans les champs, les jeunes tasseurs n’arrivaient plus à suivre… »

La qualité du tassage liée à 80 % au chauffeur

Son entrepreneur de travaux agricoles, Nicolas Robillard à Hénansal, avoue que « la qualité du tassage est liée à 80 % au chauffeur. » Aujourd’hui, il est « très difficile » de former à cet exercice qu’on pratique de façon intensive pendant seulement un mois par an. « Si je mets un débutant au silo face à une ensileuse 10 rangs, il est noyé en un quart d’heure. Les experts du tassage restent les anciens qui ont pu suivre progressivement l’évolution des machines, de la 4 rangs à la 10 rangs. Aujourd’hui, tasser à ce rythme, je ne m’y risquerais plus. » Pour autant, le prestataire de service ne néglige pas la question.

Bien au contraire, suite aux échanges avec ses clients et aux remontées de résultats d’étude (carottage, évaluation de la conservation…) par certaines coopératives, il a planché à adapter son offre pour allier qualité de silo et vitesse de chantier. « La priorité, c’est effectivement le tassage. Je pousse les gens à opter pour deux tasseurs. » D’un côté, il y a en jeu la bonne conservation du stock de fourrage pour l’année, de l’autre « une machine à 380 000 € qu’on ne peut pas imaginer devoir ralentir ou faire attendre » pour des questions de rentabilité et de planning « avec parfois des journées à 30 ha ensilés par jour par automoteur. » Sur certains chantiers, s’il y a de la main-d’œuvre disponible à la ferme, « l’éleveur conduit un tracteur sans lame. Mais surtout, je propose désormais mon second chauffeur à demi-tarif, soit 15 € / ha. C’est aussi l’opportunité de transmettre le savoir d’un chauffeur référent à un jeune par un travail côte à côte. »

Un jeune aux côtés d’un tasseur expérimenté

Aujourd’hui, par exemple, au Gaec, Florent Gaignard, 26 ans, tasse à proximité de l’expérimenté Patrick Joly, « 25 ans de montage de tas derrière lui. » Et là aussi, rien n’a été fait au hasard. Au volant d’un 270 CV, Florent s’occupe du silo le moins volumineux qui reçoit les deux bennes les plus petites (25 à 30 m3). Alors que Patrick « son tuteur » et son 220 CV se charge d’étaler le contenu des deux plus grandes (30 à 35 m3). Ainsi, même quand une remorque débarque toutes les quatre ou cinq minutes, il n’y a jamais d’engorgement au niveau du tassage, gage indispensable pour espérer une bonne conservation du fourrage et éviter le gaspillage tout au long de l’année. « Car quand nous ensilons, ce n’est pas pour que ça aille dans la fumière, c’est pour que ça aille dans le tank », conclut Yves Allée.

Pour favoriser le recours à deux tasseurs, après calcul économique, je propose le 2e chauffeur à moitié prix, soit 15 € / ha, et mets à disposition une remorque gratuite aux clients qui confient l’intégralité de l’ensilage. Bonne nouvelle : les éleveurs optent davantage pour deux tasseurs. Mais je ne pouvais pas toucher au tarif ensileuse : aujourd’hui, nos machines de 700 à 800 CV sont surdimensionnées. En 5 ans, on est passé de 6 à 10 rangs. On paie cher la recherche moteur, les innovations et l’entretien de ces nouvelles générations, les organes de rotors plus larges…
Nous, entrepreneurs, voulons acheter le moins d’ensileuse possible, investissement presqu’inamortissable. D’autant que le prix du matériel a été aligné ces dernières années sur le revenu des céréaliers qui avaient besoin de défiscaliser et non pas sur son coût de revient. Les ETA ont un vrai problème de rentabilité sur l’ensilage. Le plus juste aujourd’hui serait d’ailleurs de facturer pour un tiers à l’hectare et pour deux tiers à l’heure. Des entrepreneurs le font déjà.Nicolas Robillard, ETA Robillard
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