Edito

Le savoir ancestral

La recherche scientifique permet d’accumuler une masse de connaissances très pointues sur une toute petite chose. À tel point que ce savoir surpasse parfois la chose elle-même. Ainsi un chimiste fera-t-il la démonstration que les glycosides cyanogènes du trèfle sont toxiques pour les herbivores puisque ces métabolites sont produits par les légumineuses pour dissuader les animaux de les manger. Bien souvent ce même chercheur ignorera qu’une vache risque davantage de mourir d’une ventrée de trèfle un matin froid d’automne que d’une ingestion de cette toxine naturelle. En fait, deux types de savoirs cohabitent dans le champ de la connaissance agricole : d’un côté, le savoir scientifique, cartésien, mais souvent parcellaire ; d’un autre, le savoir empirique, héritage d’expériences enrichies par les observations successives et transmises de génération en génération.

Longtemps, l’agriculture a vécu quasi exclusivement sur ces savoirs ancestraux accumulés depuis le Néolithique. Aujourd’hui encore, des communautés paysannes d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud, mais aussi du cercle arctique, assurent leur subsistance en mettant en œuvre ces connaissances qui ne se trouvent pas dans les livres. Dans nos campagnes bretonnes aussi, les exemples de savoir paysan ne manquent pas : choix des meilleures rotations et associations de cultures ; manipulation instinctive des animaux ; capacité à choisir le meilleur moment pour récolter le blé sans recourir aux appareils de mesure, etc. Bien qu’amoindri par 60 ans d’agriculture « chimique », ce savoir traditionnel constitue une richesse incommensurable qu’il convient de préserver. Ce capital culturel séculaire sera d’un grand appui pour l’agriculture du XXIe siècle. L’agroécologie s’en empare déjà.

 

 

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