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Une conversion bio logique et réfléchie

Depuis son installation, fin 2015, sur une exploitation laitière reprise après un tiers, Fabrice Marchadour n’a pas chômé. Installation d’un réseau d’eau, pose de clôtures, création de talus… Sa conversion bio désormais achevée, les premiers résultats enregistrés sont encourageants.

Dans la pâture bordée par des talus boisés, un troupeau bigarré, où se mélangent Hols-tein, Pie Rouge, Montbéliarde et Jersiaise, est en train de paître. À l’arrière-plan, se dessine le fond de la Baie de Douarnenez. C’est ici, à Plomodiern (29), sur les contreforts du Menez Hom, que Fabrice Marchadour a choisi de s’installer, fin 2015. « Cette ferme de Toulhoat, je la connais depuis longtemps, l’élevage de porcs de mon père n’est situé qu’à quelques kilomètres. J’avais fait savoir au propriétaire que le jour où il arrêtait, je serais intéressé ». Les atouts du site ? Un parcellaire accessible et bien regroupé.

A l’issue de son BTS ACSE, Fabrice travaille durant plusieurs années en tant que salarié au sein de diverses exploitations ainsi que dans des entreprises de travaux agricoles. Sans pour autant perdre de vue son projet d’installation en bio, « ce qui correspond à ma vison du métier ». Lorsque la ferme convoitée se libère enfin, il se lance, avec l’appui financier du Crédit Mutuel de Bretagne. « Auparavant, c’était une exploitation laitière conventionnelle, avec une quarantaine d’hectares et un cheptel de Holstein. J’ai conservé une vingtaine de vaches et j’ai étoffé le troupeau avec des Montbéliarde, Pie Rouge et Jersiaise. Certains disent que c’est compliqué d’avoir ensemble des animaux de taille différente. Moi, j’aime bien essayer avant de me faire une idée. Et je n’ai pas trouvé que c’était problématique. Avec la richesse en protéines du lait de Jersiaise, je pense que je gagne un point en taux. Sur la paye, je m’y retrouve ».

Olivier Morvan, marché de l’agriculture, Crédit Mutuel de Bretagne
Olivier Morvan, marché de l’agriculture, Crédit Mutuel de Bretagne

Un accompagnement primordial

Aujourd’hui, avec les États généraux de l’alimentation, la bio est mise en avant. Et l’on peut dire que la Bretagne a un temps d’avance. Le Pôle conversion bio, qui existe depuis plus de deux ans, favorise les échanges entre les différents partenaires de la filière et répond à la demande croissante des agriculteurs pour avoir de l’information. Une installation ou une conversion en bio ne s’improvise pas. L’accompagnement est primordial ! Olivier Morvan marché de l’agriculture, Crédit Mutuel de Bretagne

De belles perspectives

La première année, les travaux sont allés bon train. « J’ai posé 3,5 kilomètres de réseau pour avoir de l’eau sur toute la ferme. J’ai aussi installé une dizaine de kilomètres de clôture permanente, créé des chemins et construit des talus pour que les bêtes puissent s’abriter… » Côté matériel, afin de limiter les investissements et de disposer d’équipements performants, Fabrice Marchadour a adhéré à la Cuma Kerrestlande, de Dinéault. Toujours avec cette même démarche rationnelle, le jeune agriculteur s’est procuré ses bacs à eau en Irlande. « J’ai des collègues qui ont acheté des vaches là-bas et qui avaient repéré ces produits en béton d’un très bon rapport qualité/prix. Je me débrouille en anglais, donc j’ai pris contact directement avec le fabricant et, en une semaine, c’était réglé ! »

Cette année 2018 sera la première en bio pour Fabrice Marchadour. Mais les résultats (lire par ailleurs) enregistrés durant la période de conversion, en dépit d’un changement de système et d’un contexte délicat pour le lait, laissent augurer de belles perspectives. « Il y a beaucoup de travail, reconnaît le jeune trentenaire. Il faut de la rigueur, notamment dans la gestion des pâturages et le désherbage du maïs. Mais cela prend forme. Je me donne cinq années pour tout mettre en place. À terme, j’aimerais trouver un peu de surface supplémentaire et prendre un salarié sur l’exploitation pour trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle ».
En attendant, il insiste sur l’intérêt de participer à des groupes d’échanges, à des formations. « Quand on débute, on a des questionnements. Le fait de dialoguer avec d’autres agriculteurs qui sont passés par les mêmes étapes permet de trouver des solutions. De sortir la tête de son exploitation, d’aller voir ailleurs, cela rebooste ! »

La bonne marche du Pôle
Patrice Le Penhuizic et Patrick Guillerme, co-présidents du Pôle conversion bio Bretagne et respectivement président de la commission bio des Chambres d'agriculture de Bretagne et président de la fédération des agriculteurs bio  de Bretagne.
Patrice Le Penhuizic et Patrick Guillerme, co-présidents du Pôle conversion bio Bretagne et respectivement président de la commission bio des Chambres d’agriculture de Bretagne et président de la fédération des agriculteurs bio
de Bretagne.

« Lancé dans le cadre du plan Ambition Bio, le Pôle conversion bio Bretagne et ses partenaires ont trouvé leur vitesse de croisière, en se rencontrant deux fois par an. Nous copilotons depuis 2016 ce groupe, avec l’objectif de construire une vision partagée du développement de l’agriculture biologique et d’appréhender ensemble ses spécificités et ses enjeux. Etablissements bancaires, organismes de service, groupements de producteurs, Coop de France Ouest, Initiative Bio Bretagne, autorités régionales… Nous proposons tous les six mois un focus sur une filière ou un thème particulier. La bonne participation des partenaires signifie pour nous que cette instance répond aux besoins d’échanges entre acteurs de la bio ».  Site : www.produirebioenbretagne.fr

Jean-Yves Nicolas

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