Côtes d'ArmorÉlevage

Stratégie laitière : développement ou réorientation?

David et Mickaël Chevance, en Gaec à Plésidy (22), ont entamé une réflexion stratégique depuis cinq ans autour d’un nouveau projet en cohérence avec leurs objectifs.

À première vue, la trajectoire des frères Chevance paraît classique. Une installation entre trois frères en société, avec les parents, basée sur le développement de la structure : foncier et lait.

Analyse et état des lieux

En 2006, au départ d’un frère et de la mère, David et Mickaël se retrouvent à la tête de 150 ha et 720 000 litres de quotas pour 2 UTH. Le passage en traite robotisée conforte la stratégie d’intensification. Les cultures céréales et maïs occupent les trois-quarts de la surface sur un parcellaire morcelé avec des îlots situés à 15 km du siège. Sur les 25 ha qui sont accessibles au pâturage, les vaches ne valorisent que 8 ha.
David Chevance se souvient : « Nous avions 2015 en ligne de mire. Sachant que le contexte pouvait changer avec la fin des quotas, nous voulions être en capacité d’être libres en 2015 pour choisir la voie répondant à nos objectifs. ». Le financement du robot calé pour se terminer en 2015 illustre bien cette anticipation.

Développement ou réorientation ?

Sans attendre 2015, les associés se lancent dans la réflexion de façon concertée. Deux grandes stratégies se dégagent. Tout d’abord, se développer en production laitière est possible car il y a de la surface disponible pour les cultures fourragères et respecter les règles environnementales. Mais des investissements conséquents sont à prévoir pour le logement et la traite car le site est saturé. La charge de travail supplémentaire amènera à recourir à du salariat. Deuxième hypothèse, réorienter le système d’élevage sur la voie de l’autonomie pour produire autrement en désintensifiant. Cette stratégie ne paraît pas évidente car l’état des lieux montre des éléments bloquants tels que le parcellaire et le robot saturé par les 720 000 L de droit à produire.

« Nous voulions un système robuste moins sensible à la volatilité des prix des intrants et qui nous rend plus résistants aux coups durs », rappelle David Chevance. Le volet humain n’est pas oublié. Son frère Mickael poursuit : « Notre organisation, calée pour 2 UTH doit nous laisser du temps : un week-end sur deux, du temps libre pour la famille et assumer nos responsabilités extérieures. »
Les associés soumettent à leur comptable-conseil leurs idées et lui font jouer le rôle de contradicteur pour détecter les incohérences éventuelles avant de valider leur stratégie. La décision est prise : l’équilibre travail/économie sera atteint en réduisant la voilure, dans une logique d’autonomie.

Planifier et réaliser

Les premières décisions sont prises dans la foulée. Il faut d’abord restructurer le parcellaire avec une diminution progressive de la SAU à 115 ha avec la cession des parcelles les plus éloignées et la réduction de la référence laitière de 80 000 litres. Et des échanges parcellaires sur 30 ha pour porter la surface accessible à 45 ha pour 90 vaches.

Ensuite, ils repensent le système fourrager avec une part d’herbe en nette augmentation qui passe de 32 ha à 70 ha. Avec un parcellaire regroupé, des sols portants, c’est l’orientation pâturage qui est en effet privilégiée. Ce choix en entraîne un autre pour le troupeau de 90 vaches : le remplacement du robot par une salle de traite 2×10 et un Distributeur automatique de concentrés (Dac) pour un coût net final de 60 000 € après reprise et subvention. Initialement prévu pour 2017, le projet est finalisé dès 2016 avec la mise en route de la salle de traite au printemps et la signature d’une Mesure agro-environnementale et climatique (MAEC) 28 % de maïs.

Les vaches ont pris le chemin des prairies avec des parcours aménagés. Les prairies sont majoritairement implantées en mélange RGA-TB. Le dactyle est réservé aux parcelles très séchantes sur les sommets. Les vaches gardent une part de maïs à l’herbe et la ration hivernale va évoluer vers un ratio 60 % ensilage d’herbe et 40 % de maïs, enrichie avec du maïs grain. Il est prévu une consommation annuelle de 55 tonnes de concentrés dont 25 tonnes d’orge aplatie au lieu des 120 tonnes habituellement distribuées.

Bien que l’heure ne soit pas encore au bilan, les éleveurs mesurent déjà les prémices des résultats de ce nouveau projet : « La baisse des consommations de gasoil et de concentrés est palpable, le travail différent nous convient ». Ils avouent aussi que des interrogations demeurent. Aussi, ils estiment nécessaire « d’avoir un nouveau tableau de bord pour identifier les dérapages et recadrer si besoin ».

À la recherche de la stratégie gagnante

La stratégie lait du Gaec Chevance n’est pas la seule voie possible dans le contexte actuel. Au-delà du choix de système, les points essentiels de leur parcours sont les suivants : une vision partagée par les associés avec des objectifs communs, une anticipation par rapport aux événements prévisibles, une autonomie de décision pour un projet au service des hommes et du revenu, la volonté de faire aboutir le projet et l’acceptation du compromis (échanges, changement de techniques…), la conduite du changement dans le temps par étapes.Guy Chollet, Conseiller d’entreprise

Guy Chollet / Cerfrance Côtes d’Armor

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