Du « lait au foin » bientôt valorisé ?

jan-meilink-denis-bertrand-didier-le-hec-lait-alimentation-herbe-foin-sechage-grange - Illustration Du « lait au foin » bientôt valorisé ?

Plusieurs éleveurs utilisant le séchage en grange souhaitent mettre en place une filière de démarcation du lait produit à l’herbe et au foin, sans aliment fermenté. Les discussions débutent avec les laiteries, les distributeurs et les politiques.

Le concept vient d’Autriche où aujourd’hui 8 000 fermes sont inscrites dans une démarche de valorisation de leur lait issu d’herbe – pâturée ou affouragée en vert – et de foin. Aucun aliment fermenté n’est autorisé par le cahier des charges, les éleveurs complètent juste avec un peu de céréales, de tourteaux de soja non OGM, de pois, de féverole…

15 % du lait en Autriche

Partie de zéro en 2009, la filière « Heumilch », lait au foin en français, représente aujourd’hui 15 % des volumes du pays (1/3 en bio – 2/3 en conventionnel raisonné). Les laits, fromages, yaourts, beurres issus de la filière sont commercialisés aussi bien dans les collectivités qu’en magasins de distribution. Reconnu au niveau européen, le label est désormais développé en Allemagne et en Suisse.

Des prix discutés avec les transformateurs et les distributeurs

Cette belle réussite a séduit le groupe d’une quarantaine d’éleveurs partis visiter l’Autriche à l’automne dernier, à l’initiative du Segrafo (association de développement du séchage en grange). « Ces éleveurs recherchent une reconnaissance de leur spécificité de production et des bienfaits de l’herbe et du foin pour les animaux comme pour les consommateurs, du fait du meilleur rapport nutritionnel en acides gras. Ils mettent aussi en avant la meilleure qualité de leur lait pour faire des fromages, car il n’y a pas d’ensilages dans la ration des vaches », expliquent Didier Le Hec, Jan Meilink et Denis Bertrand, trois des producteurs qui souhaitent transposer cette démarche en France. « Nous pensons créer une association, notre groupe de travail est ouvert à tous ceux qui souhaitent valoriser leur système à base d’herbe. »

Un travail de longue haleine

La démarche est née en 2004 en Autriche dans le but de communiquer sur les spécificités du lait au foin et de ses bienfaits pour la santé. Après 5 ans de tractations auprès des laiteries et des distributeurs, la communication a été lancée en 2009. Les producteurs ont investi 2 cts/L et les transformateurs ont suivi avec le même montant. L’État a doublé les fonds recueillis ce qui a porté le budget marketing à 3,2 millions d’€. Des campagnes publicitaires ont été réalisées à la télévision, la radio, dans les journaux, sur internet, dans les écoles… Aujourd’hui, 90 % des Autrichiens connaissent le « Heumilch ». En 2013, les ventes des produits laitiers issus du lait au foin se sont accrues de 7,4 %, alors que l’ensemble du marché chutait de 1,4 %.

L’association autrichienne regroupe des exploitations, mais aussi 60 transformateurs et des revendeurs. « Les prix sont discutés autour d’une table entre les différents maillons. Au départ, ils n’étaient pas différenciés. En 2015, les producteurs bénéficient de 60 €/ 1 000 L de plus-value. C’est la demande des consommateurs qui fait le prix rémunérateur du litre de lait pour les agriculteurs, et non l’inverse », soulignent les producteurs qui ont été réellement marqués par le climat coopératif entre les acteurs. Cette démarche permet à chacun de se différencier dans un marché européen mature. Agnès Cussonneau

Contact : Segrafo au 02 99 41 57 35.


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