Côtes d'Armor

Les éleveurs de lait cherchent des repères

En attendant la fin des quotas, les producteurs de lait sont dans l’expectative. La FDSEA et les JA organisent des soirées lait pour discuter à bâtons rompus avec la base.

Cette année, la section laitière de la FDSEA avait décidé d’innover en organisant, en partenariat avec les JA,  des réunions décentralisées à travers le territoire plutôt que son traditionnel rendez-vous annuel à Plérin. « L’occasion de changer un peu d’air dans ce contexte de fin des quotas », expliquaient les syndicalistes. Attendant les rassemblements de mercredi à Saint-Nicolas-du-Pélem et Sévignac, les producteurs de lait étaient présents aux « soirées lait » de mardi : 20 producteurs à La Motte et 40 à Tréglamus. À La Motte, le temps fort était animé par Hervé Moël et Ronan le Denmat pour la FDSEA et José Jaglin pour les JA. Extraits d’une rencontre riche d’échanges.

La Nouvelle-Zélande en recul

« 10 milliards de litres de lait produits en plus dans le monde, l’équivalent de deux fois le bassin breton… » Après une année 2014 très dynamique en termes de production dans tous les grands bassins laitiers mondiaux pesant sur les prix, Ronan le Denmat soulignait « un début de fléchissement sur toutes les zones sur le début 2015. » La Nouvelle-Zélande qui exporte plus de 90 % de sa production, souffre notamment d’un « nouveau déficit hydrique. » Une bonne nouvelle qui pourrait aider à détendre le marché. Pour José Jaglin, le fait que les Néo-zélandais cherchent à l’avenir à « pousser davantage leur vache » est une bonne nouvelle également car « ils le feront avec de l’aliment au détriment de leur avantage sur les coûts de production ultra-compétitifs. »

En attendant le 1er avril, José Jaglin note qu’en Europe, malgré un grand coup de frein ces derniers mois, « on va vers des pénalités records dans certains pays suite aux dépassements. Les Pays-Bas, qui ont anticipé plus tôt que nous la sortie des quotas, ont par contre obtenu d’étaler le paiement de ces pénalités sur 5 ans. »

Les JA veulent facturer les euros manquants

« À priori, on a touché le point bas avec une valorisation beurre/poudre à 238 €/tonne. Le prix du lait devrait remonter dans les prochains mois. C’est important après une année 2014 exceptionnelle en termes de prix du lait avec une moyenne de 365,4 € / 1000 L, mais une année à peine bonne en ce qui concerne le revenu », note Ronan le Denmat. Et Hervé Moël de poursuivre : « Franchement, syndicalement, nous sommes déçus car il manquait 5 ou 6 € / 1000 L sur nos paies. » José Jaglin, lui, ne comprend pas bien comment il pouvait y avoir « plus de 50 € / 1000 L de différence de prix entre Lactalis et Sodiaal début 2014 pour terminer l’année avec un prix moyen identique… » Les JA Grand Ouest ont d’ailleurs lancé une opération de refacturation : « Chaque producteur doit produire une facture présentant son volume livré multiplié par ces euros oubliés par nos laiteries tout au long de l’année dernière. Cela nous donnera davantage de poids pour aller défendre nos intérêts et récupérer notre dû auprès de nos entreprises. »

Le prix du lait devrait remonter à l’été

Aujourd’hui, les prix au producteur pratiqués tournent autour de 310 €. « Ça va encore baisser en mars », prévient Hervé Moël. « Mais on peut espérer, si les éléments de marché actuels perdurent, une remontée pour juillet au plus tard. » En attendant dans la salle, il a beaucoup été question de prix A et de prix B. A ce sujet, José Jaglin a tenu à rappeler : « La flexibilité est là pour prendre en compte le mix produit de l’entreprise laitière, c’est-à-dire la valorisation par ses débouchés. Mais quand la laiterie instaure un prix A et un prix B, la flexibilité doit disparaître. Sinon, c’est la double-sentence pour le producteur. » En conclusion, Ronan le Denmat s’interrogeait : « Ce qui me choque le plus, c’est que toute la stratégie de développement des laiteries se fait sur du prix B. Ce qui veut dire que c’est l’éleveur qui porte tous les risques. Dans ces conditions, comment investir ? Si les industriels veulent un vrai développement laitier, ce n’est pas du B qui nous permettra de voir loin pour les accompagner. »

Toma Dagorn

L’avis de Hervé Moël, Section laitière de la FRSEA

Au 1er avril, chaque éleveur devient son propre décideur sur ce qu’il veut faire en termes de volume livré. Mais attention au développement de la production sur votre exploitation. Ne faisons pas la bêtise d’investir et d’y aller à fond sans en mesurer tous les enjeux : main-d’œuvre, réglementations environnementales, gestion des assolement et rotation… Les choix se feront au cas par cas. D’autant que ce qui remonte actuellement des collègues de la filière porcine, c’est que les plus fragiles sont majoritairement ceux qui ont investi le plus. C’est triste. De toute façon, les éleveurs comme les laiteries ne seront pas encore sortis des quotas avant l’année prochaine. Il y a de nouveaux repères à trouver de part et d’autre. La plus grosse crainte des industriels est de manquer de lait pour faire tourner leurs outils. Une chose est sûre, deux années à 300 € / 1000 L et les laiteries manqueront de lait.

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