Productions Agricoles

Macrolophus : la lutte biologique remplace les insecticides

Suite à une invasion d’aleurodes sur ses tomates, Michel Lec’hvien a décidé d’arrêter tout traitement insecticide. Il a résolu son problème grâce aux Macrolophus qu’il élève sur des plants de tabac. Il a contribué a développer cette lutte intégrée chez son fournisseur de plants.

« Depuis 2012, je suis vacciné et je n’utilise plus d’insecticides dans mes serres de tomates pour lutter contre les aleurodes. Je suis persuadé qu’ils sont résistants aux matières actives que nous pouvons employer en France », témoigne Michel Lec’hvien, producteur de tomates à Ploubazlanec (22). L’aleurode est un insecte piqueur, suceur qui se présente sous la forme d’une petite mouche blanche. Les larves et les adultes sucent la sève végétale. L’excrétion de miellat salit les feuilles et les fruits, ce qui les rend impropres à la vente. Souvent, de la fumagine (champignon) se développe sur le miellat, ce qui fait obstacle à la photosynthèse et à la respiration de la plante. Pour lutter contre ce parasite, il existe deux solutions, la lutte chimique ou la lutte intégrée avec des auxiliaires tels que les Macrolophus ou les Encarsia. « Les Macrolophus se nourrissent de tous les stades de l’aleurode. Ils recherchent activement leurs proies dans la végétation et un adulte peut consommer environ 40 œufs ou 20 larves d’aleurode par jour. L’Encarsia est une petite mouche qui parasite la larve d’aleurode », décrit Jérôme Crenn, responsable produit pour l’entreprise Thomas Plants. La lutte intégrée et la méthode chimique ne sont pas compatibles puisque les insecticides éliminent aussi les auxiliaires.

Les temps de récolte multiplié par 10

La saison 2012 a été particulièrement traumatisante pour Michel Lec’hvien. « Nous avons eu un problème sanitaire sur les 4 ha de serres avec une invasion d’aleurodes. Je pense que nous avons introduit les Macrolophus un peu tardivement et qu’ils ne se sont pas bien développés. » Ne sachant plus quelle solution adopter pour obtenir des résultats, il a pulvérisé plusieurs fois des insecticides, mais aussi des solutions à base d’écorces d’oranges. « Aujourd’hui, je sais que si je n’avais pas traité chimiquement, je n’aurais pas été obligé de laver toutes les grappes de tomates avant de les livrer. Les traitements ont détruit le peu d’auxiliaires que j’avais. » En fin de saison, à cause de la fumagine, les temps de récolte ont été multipliés par 10 puisque toutes les grappes devaient être lavées puis séchées avant leur livraison à la coopérative. « Au moment du vide sanitaire, j’ai décidé de ne pas réaliser d’insecticides. J’ai préféré me tourner vers l’entreprise Thomas Plants, producteurs de plants de légumes à Ploubazlanec (22) pour leur demander d’implanter des Macrolophus sur les plants de tomates avant de me les livrer. »

L’élevage de Macro chez le producteur de plants

« Durant l’année 2012, nous avons été confrontés à une forte pression régionale parasitaire. Parallèlement, nous avons constaté une perte d’efficacité des insecticides disponibles. Cela nous a amenés à entamer une réflexion sur des solutions alternatives. Nous avons alors longuement échangé avec Michel Lec’hvien pour créer un élevage de Macro et mettre au point une méthode de protection biologique intégrée (PBI) adaptée à nos contraintes de producteur de plants », témoigne le responsable produit de Thomas Plants. L’entreprise a alors investi dans la création d’une enceinte de plus de 400 m2 dédiée à l’élevage de Macrolophus. « Depuis, nous n’utilisons plus d’insecticides pour lutter contre les aleurodes, les Macro et les Encarsia suffisent », livre Michel Thomas, dirigeant associé de Thomas Plants. Les techniciens de l’entreprise réalisent des lâchers de macro régulièrement dans les serres. Avec cette façon de faire, le producteur de tomates a tout à y gagner : grâce à l’arrêt des insecticides il n’y a plus de résidus de matière active qui empêche le développement des macro sur les plants de tomate. Le client reçoit des plants qui sont déjà porteurs du prédateur et d’œufs. « Nous gagnons un temps précieux dans la lutte contre l’aleurode. Avec une capacité de ponte de 300 œufs par semaine, il se développe bien plus vite que l’auxiliaire, d’où l’importance de les implanter très tôt sur le plant », insiste Jérôme Crenn.

Les aleurodes attirés par les plants de tabac

Le producteur a décidé, pour la saison 2013, de consacrer 100 m2 de sa serre à l’élevage de macrolophus sur des plants de tabac. Ils s’y développent particulièrement bien. « Ces macro que j’élève sont bien adaptés aux conditions de ma serre, ils sont actifs tout de suite, ce qui n’est pas le cas de ceux du commerce. » Si 2013 s’est très bien passée, 2014 a démarré sur la même lancée, mais Michel a détecté quelques départs de fumagine à différents endroits de la serre. « J’ai immédiatement introduit des plants de tabac porteurs de Macrolophus aux endroits infestés. Les aleurodes sont attirés par ces plants de tabac et se font alors tuer par les prédateurs. En cinq jours, le problème était réglé. » Afin de sécuriser encore plus son système, le producteur de tomates a commandé des plants de tabac supplémentaires chez son fournisseur de plants pour la saison à venir. Nicolas Goualan

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