Élevage

Enquête sur le tarissement sélectif

Les étudiants ingénieurs d’Agrocampus Ouest ont analysé les freins et les motivations à l’adoption du tarissement sélectif. Ils ont restitué leur travail d’enquête sur le tarissement, un moment particulier pour la vache puisqu’elle arrête de produire du lait pour la première fois depuis le vêlage.

C’est un peu les grandes vacances pour les vaches, sauf qu’elles peuvent vite être gachées par une mammite au moment du tarissement ou au vêlage, voire dans les semaines qui suivent le vêlage suite à une infection durant le tarissement. Les éleveurs en sont conscients et avancent le risque sanitaire, en premier, comme frein au changement. Quand on sait qu’une mammite coûte en moyenne autour de 200 €, difficile de ne pas vouloir s’en prémunir.

Pas d’efficacité à 100 %

Pour s’assurer contre les mauvaises surprises, l’agence tout risque préconise depuis les années 60 l’utilisation systématique d’antibiotiques. A la différence d’Hannibal et de Barracuda dont les plans se déroulent sans accrocs, les antibiotiques n’obtiennent pas plus de 75 % de taux de guérison et diminuent de 50 % le taux de nouvelles infections (SNGTV 2010) avec de grandes disparités. Malgré le traitement antibiotique, 25 % des vaches ne guérissent pas : l’antibiotique a été inefficace dans ces cas là. Sur le taux de nouvelles infections, l’effet est à étudier en fonction des risques de l’exploitation et selon les molécules antibiotiques utilisées. Selon une étude de BCEL Ouest de 2018, le taux de nouvelles infections est de 14 % en moyenne et ne descend qu’à 12,8 % lorsqu’on tarit avec des antibiotiques. On est loin d’une assurance tout risque. Mais là, on se heurte à une croyance qui n’est pas objectivée. Dans l’étude, la question des taux de guérison et des taux de nouvelle infection a été posée aux éleveurs. Sur 54 éleveurs interrogés, seuls 12 ont pu donner un chiffre fiable. 80 % des éleveurs de l’étude ont une pratique de tarissement qui n’est pas objectivée et dont l’efficacité est rarement analysée, à l’exemple d’un éleveur qui a déclaré avoir un taux de guérison de 16 %. Or, les objectifs sont supérieurs à 70 % en taux de guérison et inférieurs à 10 % en taux de nouvelle infection.

Comment atteindre ces objectifs ?

Il existe des moyens d’arriver voire de dépasser ces chiffres : la limitation de la diète alimentaire au tarissement, l’hygiène des vaches, du logement et du box de vêlage, l’utilisation d’obturateur de trayon et l’utilisation de bactériologies.

La toute première démarche, avant tout changement, serait de faire un point sur la situation de la ferme : quels sont mes réussites et mes échecs ? Le but étant de trouver les pistes d’amélioration et de capitaliser sur ses points forts. En effet, passer du jour au lendemain du tout antibiotique au tout obturateur, voire à rien, conduit à l’échec la plupart du temps. Les vaches malades ont toujours besoin d’antibiotiques ou d’une réforme (il faut aussi savoir prendre la décision, même pour son animal préféré). Seules les vaches saines peuvent ne pas recevoir d’antibiotique. Encore faut-il se mettre d’accord sur ce qu’est une vache saine ! Une vache a 4 quartiers et le taux cellulaire moyen du pis n’est pas forcément prédictif de l’état de santé de chaque quartier. En effet, vaches et bactéries se livrent une guerre et chacune a développé des moyens pour éliminer et échapper à l’autre. Ainsi, 3 quartiers en dessous de 50 000 cellules et 1 quartier à 300 000 cellules peuvent conduire à penser, à tort, que la vache est saine puisque la moyenne peut être en dessous de 150 000 cellules. Dans cet exemple, la moyenne est bien en dessous de 150 000 mais le quartier à 300 000 est bien infecté et donc à risque pour un tarissement sans antibiotique.

Analyser chaque quartier

Il est donc important de s’intéresser à tous les quartiers de la vache laitière, mais aussi aux 4 derniers contrôles cellulaires. En effet, une augmentation du taux cellulaire, même sur un seul contrôle ou une mammite clinique doit obligatoirement interroger sur la virginité supposée des 4 quartiers. Les éleveurs en robot sont favorisés pour la détection mais ceux en machine à traire classique possèdent des outils pour faire aussi bien.
Les bactériologies permettent également de connaître son ou ses ennemis et de prendre les mesures nécessaires pendant la lactation, mais aussi durant le tarissement. On pourra jouer sur les molécules en fonction des bactéries mises en évidence. Les échecs viennent aussi parfois de l’hygiène lors du tarissement : l’application d’un obturateur sale ou sur un trayon mal désinfecté conduit alors à l’application dans un milieu clos de bactéries potentiellement pathogènes. L’insertion partielle est peut-être une solution pour limiter l’ensemencement de la citerne par des bactéries (R.L.Boddie&.C.Nickerson, 1986).

Au final, est-ce rentable de se torturer l’esprit pour savoir si une vache doit être tarie de manière sélective ? Selon l’American Dairy Science Association, dans un article paru en 2018 intitulé “Economic optimization of selective dry cow treatment”, le traitement sélectif est économiquement plus avantageux dans tous les troupeaux d’autant plus que la situation du troupeau est saine. Mais revenons à l’étude de nos ingénieurs : dans leurs conclusions, les éleveurs sont demandeurs d’accompagnement et d’échanges. Cette demande est confirmée dans d’autres études (journée 3R 2018). Alors si vous souhaitez faire l’expérience et être accompagné, n’hésitez pas à contacter vos vétérinaires.

Cyril Urlande / Triskalia

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