« L’objectif de l’Observatoire est de réfléchir au bâtiment porcin de demain », introduit Arnaud Buchet, coordinateur R&D chez Cooperl. « Nous souhaitons acquérir de la donnée sur le bien-être animal et celui de l’éleveur, sur l’environnement ou encore sur les performances technico-économiques des systèmes testés. »
Nous souhaitons lever des préjugés
Pour cela, une plateforme en béton de 560 m² accueille des blocs modulables : sols, cloisons ou équipements sont interchangeables et déplaçables à l’infini. Les recherches s’appuient sur un élevage miniature constitué de 16 truies, réparties en deux bandes. « Tous les animaux présents ici n’ont subi aucune mutilation », précise Arnaud Buchet.
S’inspirer des sangliers
Depuis 2024, la coopérative teste une conduite dite « en compagnie ». « Dans un élevage classique, les porcelets subissent beaucoup de chamboulements sociaux, en particulier au moment du sevrage », explique Noémie Ory, référente bien-être animal chez Cooperl. Inspirée du comportement naturel des sangliers, cette conduite vise à prolonger au maximum la présence de la truie auprès des porcelets.
Concrètement, les portées sont mélangées en maternité cinq jours après les mises bas, favorisant la sociabilisation des porcelets et les allaitements collectifs. Entre 14 et 34 jours, tous les animaux rejoignent une post-maternité. À 76 jours, ils entament une croissance collective, où truies gestantes et porcs sont mélangés.
Vers l’arrêt des bandes ?
« 28 jours après la mise bas, les femelles quittent la post-maternité pendant sept jours pour y être inséminées », indique Noémie Ory. « C’est le seul moment où la compagnie est séparée. » Cette séparation s’accompagne d’une forte hausse du stress chez les porcelets, qui se manifeste par des interactions négatives entre eux et des signes de frustration liés à l’absence d’allaitement. « Ces comportements diminuent drastiquement quand les truies reviennent », ajoute-t-elle.
Pour aller plus loin, les techniciens envisagent de tester des mises bas échelonnées afin de maintenir en permanence la présence d’un adulte au sein de l’élevage. Une piste qui pourrait remettre en question le fonctionnement par bandes. « Peut-être », répond Arnaud Buchet. « Nous souhaitons lever des préjugés. »
Alexis Jamet
Mesurer pour comprendre
Pour mesurer avec précision les données de l’élevage, l’Observatoire est doté d’un système complet d’outils de monitoring : des capteurs d’ambiance, 21 caméras qui filment des séquences de 30 minutes toutes les 3 heures, des compteurs d’eau, une station de tri ou encore une identification RFID. « Cet équipement nous permet de mesurer et de comprendre l’activité de animaux, leurs comportements mais aussi l’impact de la conduite compagnie sur la caudophagie », explique Noémie Ory.
