Quand le cactus sert de modèle aux abribus

Et si, pour inventer les technologies de demain, il suffisait parfois de regarder autour de soi ? Le papillon de nuit, la moule ou encore le scarabée sont sources d’inspiration pour les ingénieurs et les architectes.

Un cactus dans le désert - Illustration Quand le cactus sert de modèle aux abribus
Les stries du cactus ont inspiré les chercheurs. | © Getty Images

Parc de Branféré (56)

« La ville de Montpellier nous a contactés pour nous faire part d’une observation : les bus sont moins fréquentés quand il fait très chaud », indique Sydney Rostan, créateur de l’entreprise Bionnov et intervenant aux Rencontres des intelligences animales au Parc de Branféré (56). Pourquoi ? « Tout simplement parce que les abribus, souvent placés en plein soleil, sont des fours et que les usagers les évitent ». Pour répondre à la problématique soulevée par les élus locaux, les ingénieurs de l’entreprise, créée par le trentenaire il y a une petite dizaine d’années, ont conçu un prototype d’abri inspiré du cactus torche, notamment de ses stries verticales. Elles réduisent l’exposition au soleil : leur forme crée des zones d’ombre sur une partie de la surface de la plante, limitant la surchauffe de 4 à 6 °C. « Nos chercheurs ont reproduit le même phénomène, en espaçant des lattes de manière adéquate ». L’effet ressenti par les usagers est jugé satisfaisant ; le modèle pourrait se répandre dans les prochains mois.

1,7 million d’espèces connues

Le vivant constitue un immense laboratoire d’innovation. Après plusieurs milliards d’années d’évolution, les 1,7 million d’espèces connues ont développé des solutions particulièrement efficaces avec des ressources limitées. La feuille capte l’énergie solaire, la toile d’araignée associe légèreté et résistance, certaines plantes récupèrent l’eau dans des environnements très secs. Autant de mécanismes que les chercheurs peuvent étudier et transposer à nos besoins. L’un des exemples les plus célèbres est celui du Velcro (velours-crochet).

Depuis 3,8 milliards d’années, la nature expérimente, sélectionne, optimise

Dans les années 1940, un ingénieur suisse observe que des fruits de bardane s’accrochent aux vêtements et aux poils de son chien. En examinant leur structure au microscope, il découvre de minuscules crochets. Cette observation lui donne l’idée d’un système d’attache devenu aujourd’hui familier. En 2021, les Chinois ont créé un matériau composite léger et résistant en s’inspirant de l’élytre du scarabée. « Il résiste à 16 000 fois son propre poids ».

Crevettes, requins, moules, algues rouges…

Demain, « les mousses blanches de polystyrène expansé, dérivé du pétrole, qui enveloppent les appareils fragiles dans nos cartons, seront remplacées par des panneaux sandwich ondulés, en cellulose. Ils absorbent les chocs, comme les poings de la crevette mante qui percutent les coquillages sans jamais se fissurer, grâce à une structure qui répartit les ondes de choc ». Parmi les nouvelles technologies qui apparaîtront prochainement, l’entrepreneur évoque aussi la filtration des eaux usées (microplastiques), anti colmatage, inspirée de la gueule du requin pèlerin ou encore la colle ultraperformante en milieu humide, sur tous matériaux. Cette colle est tirée de la soie marine ou byssus de la moule, un filament soyeux très solide qui permet au coquillage de rester accroché aux rochers malgré la force des courants.

Certaines propriétés des algues rouges suscitent l’intérêt des ingénieurs de Bionnov. « Elles produisent des furanones (composés chimiques) qui empêchent des bactéries de s’agglutiner en biofilms. Elles vont nous permettre d’élaborer des revêtements antibactériens pour le traitement des surfaces, notamment dans les hôpitaux où les maladies nosocomiales sont préjudiciables. Elles remplaceront les biocides qui sont onéreux, toxiques et qui induisent des résistances ». La recherche en acoustique n’est pas en reste. Grâce à ses écailles microperforées, le papillon de nuit absorbe les ondes émises par les chauve-souris qui ne peut le détecter. « Nous concevons des panneaux rigides absorbeurs de sons, directement inspirés du papillon, qui trouvent des applications dans les domaines routier ou ferroviaire ».

Le vivant, un beau laboratoire

L’industrie traditionnelle cherche souvent à produire davantage, plus vite et avec plus de puissance. Le vivant, lui, fonctionne selon d’autres principes : faire avec peu, recycler les matières, utiliser l’énergie disponible et favoriser les interactions. Une logique qui résonne fortement avec les objectifs de la transition écologique. Pour imaginer le futur, l’un des meilleurs laboratoires reste peut-être celui qui nous entoure depuis toujours.

Bernard Laurent


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