Saint-Brieuc (22)
À l’ouest de Saint-Brieuc (22) s’étire une zone vallonnée où est posée la Ferme Ar Goued. Dans une première vie professionnelle, Isabelle Mellerin-Alexis et Raphaël Alexis ont travaillé respectivement comme agent administrative d’une agglomération et dessinateur industriel. Suite à un parcours de reconversion professionnelle, le couple a repris une exploitation laitière en 2021. Les vaches laitières, habitantes historiques des lieux, sont parties et 50 chevrettes sont arrivées.
Le cédant a acheté les chevrettes
En 2019, avant de se lancer, Isabelle a suivi la formation « De l’idée au projet » d’Agriculture paysanne 22 puis obtenu un BPREA. Très bricoleur mais pas connecté au milieu agricole, Raphaël s’est engagé dans la session « Paysan créatif » de la Ciap 22 pour s’aguerrir. La ferme a été repérée au Répertoire départ-installation. Elle répondait à un critère important : la proximité de Saint-Brieuc offrant des débouchés commerciaux aux produits laitiers. L’installation a été facilitée par la bonne entente avec le cédant qui a acheté lui-même les chevrettes avant la transmission officielle pour faire gagner du temps à ses repreneurs.
Nous avons gagné en technicité
Cinq ans après l’installation, le couple d’éleveurs a témoigné pour la Semaine de la bio de la Chambre d’agriculture de Bretagne cet automne. « Nous sommes partis de zéro et n’avons pas cherché le volume en nous installant. Il fallait d’abord créer le laboratoire de transformation, aménager la stabulation pour accueillir des chèvres, refaire les prairies… », se rappellent les éleveurs. « Sur les prairies par exemple, nous avons fait pas mal d’essais. Il faut de l’appétence sinon la chèvre ne mange pas. Aujourd’hui, on sème de la luzerne et de la fétuque notamment. » Faire une reconversion pour se lancer dans l’élevage sans expérience reste compliqué, confie Raphaël Alexis. « Mais nous avons progressé au fil du temps et gagné en technicité. Aujourd’hui, nous travaillons plus sereinement. »

Parcellaire regroupé
Cette exploitation est « totalement représentative du modèle transformateur breton de 40 à 50 chèvres produisant 500 L par lactation pour un UTH », reprend Juliette Bothorel, de la Chambre d’agriculture de Bretagne. « Ici, on constate une montée en puissance de l’élevage », note la conseillère spécialisée en production caprine. « Le volume de lait produit a progressé de 7 000 L entre 2024 et 2025, soit plus de 100 L par chèvre. » Au total, le troupeau a produit 31 000 L en 2025. Mais en 2026, « malgré un bon démarrage les premiers mois », le volume devrait stagner à cause de la sécheresse.
Pourtant, l’une des grandes forces de la ferme est le parcellaire de 43 ha « très regroupé » aux portes du bâtiment, dont 36 ha en herbe. « Le fait d’avoir de la surface par rapport au cheptel a permis de compenser en partie l’impact des coups de chaud de cette année sur la productivité des prairies. Mais il nous manque tout de même du fourrage », rapporte Raphaël Alexis. Dès la mi-juillet, le troupeau a d’ailleurs arrêté de pâturer, nourri au foin à l’intérieur. Sur ces terres séchantes, la pousse est généralement importante en sortie d’hiver. Habituellement, la première coupe d’herbe au printemps est revendue. En 2027, elle sera conservée pour refaire du stock.
Pour maîtriser le coût de production, les charges d’alimentation sont ciblées. « Elles représentent en moyenne 51 % des charges opérationnelles en élevage caprin livreur et 28 % en élevage transformateur », précise Juliette Bothorel. Objectif : optimiser la ration en fonction des fourrages à disposition. « Apporter ni trop, ni trop peu. » À la ferme, la complémentation est aussi produite sur 6 ha, sous la forme d’un méteil grain triticale-avoine-féverole-pois. « Une solution simple qui limite les coûts : on sème et on récolte, c’est tout », résume Raphaël Alexis.
Gagner en confort de travail
En février dernier, une nouvelle salle de traite a été inaugurée. « Le monoquai compte 14 places. En passant de 4 à 7 faisceaux pour traire en moyenne 65 chèvres en production, nous avons économisé 30 minutes de temps de traite par jour. » Fini aussi le chariot avec les pots, le transfert du lait vers la fromagerie se fait maintenant directement. « Ce sont 15 minutes par jour gagnées au niveau de la transformation. » Surtout, il n’y a plus besoin d’être deux durant la traite. Un lave-vaisselle industriel tout juste installé devrait également faire économiser 45 minutes de travail quotidien. À l’extérieur, c’est le quad arrivé au printemps qui facilite la vie « pour faire les parcs ». Pour Juliette Bothorel, c’est important de penser à l’ergonomie, au confort et à la maîtrise du temps de travail : « Les éleveurs qui durent dans le métier sont ceux qui ont su bien penser et adapter leurs outils. »
Toma Dagorn
De la ferme à la restauration collective
Tout le lait est transformé. Les débouchés sont « très locaux ». Une bonne partie de la production (fromages frais et affinés, fromages blancs, faisselles, yaourts pasteurisés et produits carnés) est écoulée à la ferme lors des ventes du vendredi soir et du dimanche matin. Pour le reste, le couple travaille avec des épiceries et des Amap. L’élevage a aussi obtenu en 2023 l’agrément européen permettant de travailler avec des acteurs de la restauration collective comme les cuisines centrales de Saint-Brieuc et de Plérin, les lycées Chaptal et Rabelais… « Concernant la restauration collective, l’humain est décisif. Cela dépend avant tout de la motivation du chef de cuisine d’intégrer des produits locaux ou non. »
