Rester commune

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Sans les aides, 57 % des exploitations agricoles françaises auraient affiché un revenu négatif en 2024, selon l’économiste Vincent Chatellier. En Bretagne, l’enveloppe annuelle atteint près d’un demi-milliard d’euros. Le versement partiel des aides le 16 octobre rappellera, s’il en est besoin, que la Pac fait du bien aux trésoreries. La réforme 2028 engagera donc bien plus qu’une répartition budgétaire : l’équilibre des exploitations, leur pérennité, et la capacité du continent à garantir son approvisionnement alimentaire.

En laissant plus de place aux arbitrages nationaux, elle risque d’accentuer les écarts entre agriculteurs européens. À l’heure où l’alimentation, l’énergie et les échanges sont des instruments de puissance, cette renationalisation est un contresens. La sécurité alimentaire mérite une ambition européenne. Ce repli sent le nationalisme qui monte partout, à rebours de l’esprit de 1950.

La Pac doit renouer avec ses trois principes fondateurs

Cette année-là, Robert Schuman proposait de construire l’Europe par une « solidarité de fait ». Le traité de Rome a ensuite associé sécurité des approvisionnements et niveau de vie équitable des agriculteurs. Soixante-seize ans plus tard, l’Europe agricole a de nouveau besoin d’une direction commune. Pas de 27 politiques concurrentes.

La Pac doit renouer avec ses trois principes fondateurs : unicité du marché, préférence communautaire et solidarité financière. Tous trois sont fragilisés. La libre circulation des produits se heurte aux appels à acheter national. La préférence communautaire s’efface devant les accords avec les pays tiers et la course aux prix bas. Le financement commun bute sur la volonté des États de récupérer leur mise.

À Bruxelles, les débats sur la prochaine Pac semblent perdre de vue ces fondements. Les rapports de force entre lobbies et intérêts nationaux prennent le pas sur la volonté de faire corps.


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