Réfléchir au temps libre et au confort de travail

Au Gaec Nevezadur, les associés font le choix de déléguer les travaux des champs et d’investir dans le salariat pour se garantir du temps libre pour leurs engagements professionnels et personnels.

Un homme et une femme dans une prairie où pâturent des vaches laitières de race Prim'Holstein - Illustration Réfléchir au temps libre et au confort de travail
Bruno Le Floch et Florence Le Saint avec leur troupeau de Prim’Holstein | © Paysan Breton - T. Dagorn

Frère et sœur associés, Bruno Le Floch et Florence Le Saint ont toujours été sur la même longueur d’onde. Pour eux, leur métier doit permettre de se dégager du temps « pour se former, s’engager, profiter de sa famille et partir en vacances… » Installés après tiers en 1994 en conduite intensive dictée par une SAU réduite de 50 ha, ils ont peu à peu fait évoluer leur système. « La crise de la vache folle a été une première secousse. Le cheptel que nous avions racheté – engagé en sélection en race Prim’Holstein – avait perdu 30 % de sa valeur. Le marché des reproducteurs s’était effondré… », se rappelle le Costarmoricain. L’arrivée des plans de réduction de l’usage des pesticides et des contrats MAEC ou la crise du lait de 2009 ont aussi nourri la réflexion.

Saisir les opportunités de gagner en autonomie

« Tout au long de notre carrière, nous avons saisi des opportunités pour gagner en autonomie aussi bien en termes d’alimentation du troupeau que d’énergie ou de décision. » En 2011, 7 ha de foncier en plus ont facilité le virage herbager. Dès 2010, l’achat d’une chaudière à bois a permis la valorisation du bocage. L’année suivante, l’installation de 300 m2 de panneaux photovoltaïques a été l’occasion de désamianter (15 € / m2 à l’époque) et de valoriser un vieux bâtiment.

Sortir de sa ferme

Un salarié à mi-temps est arrivé en 2016 pour « faire face à la charge de travail ». En 2019, quand Florence est devenue maire de Pommerit-le-Vicomte et vice-présidente de la communauté de communes, un deuxième mi-temps a été créé. Aujourd’hui, les deux emplois sont gérés par le groupement d’employeurs Terralliance. Concentrés sur l’élevage qui les intéresse, les associés délèguent les travaux des champs. « Même si, attention, un plein temps salarié ne fait pas un plein temps paysan », rappelle Bruno, le temps de travail est maîtrisé sur la ferme. 35 heures hebdomadaires pour l’éleveur qui est pompier volontaire. 20 heures pour sa sœur qui est élue. « Nous sommes d’astreinte un week-end sur deux. Mais comme nos parents dont nous reproduisons le modèle, avoir du temps est une priorité. D’autant que nos conjoints ne sont pas agriculteurs. » Florence et Bruno apprécient leurs cinq semaines de congés par an. Ils insistent aussi sur l’importance de pouvoir sortir de sa ferme, « de s’oxygéner la tête en rencontrant des gens d’autres catégories socio-professionnelles ».

Investir dans la main-d’œuvre

Cette stratégie a un prix. Les indemnités d’élue de Florence reversées au Gaec ne couvrent pas le coût du salariat de l’ordre de 40 000 € par an. « En déléguant au lieu d’acheter du matériel, nous avons toujours cherché à générer de la trésorerie pour embaucher. Plutôt que de payer davantage de charges sociales et fiscales, nous faisons le choix d’investir dans la main-d’œuvre en faveur de notre qualité de vie. » L’élevage livre 300 000 L de lait par campagne (conversion en bio en 2018) grâce à ses 65 Prim’Holstein sur une SAU atteignant 76 ha aujourd’hui. La bonne santé financière (50 € / 1000 L de coût alimentaire, 390 € / 1 000 L de marge brute lait) permet de financer ce modèle souple en ressources humaines. « Nous allons bientôt prendre le temps de nous former sur la transmission », terminent les associés.

Toma Dagorn

Porte ouverte. Mardi 20 octobre, 13 h 30, au 3 Kerdaniel à Pommerit-le-Vicomte. Programme : temps de travail, système herbager, énergie à la ferme…

Des équipements qui changent le quotidien

Les associés aiment les outils qui facilitent la vie. Un logiciel de gestion de troupeau est utilisé depuis 1995. « Ayant accès aux informations en temps réel sur l’appli, nos salariés sont plus autonomes. » L’adaptation de l’outil « profite à tout le monde ». Comme les araignées de prairie Gallagher pour déplacer facilement le fil avant des paddocks, l’appli Luda.Farm (domotique) pour couper la clôture à distance, les nombreux passages d’homme, les faisceaux trayeurs allégés, les exosquelettes pour traire… Les associés ont choisi une désileuse-pailleuse équipée d’une caméra pour le chargement et d’une pesée. « Pratique quand plusieurs personnes prennent le matériel à tour de rôle. » Une caméra équipe aussi le tracteur pour passer le rabot en bâtiment. Depuis six ans, l’élevage des veaux sous la mère a réduit le travail : « Plus de pots à porter, de seaux à laver. » Les colliers SenseHub détectent toutes les chaleurs et suivent la santé: « Quand les vaches sont au pâturage, nous restons connectés à elles. »


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