Après les différents épisodes de chaleur et de sec enregistrés sur la région pendant l’été, place au bilan et à la recherche de solutions. C’était l’objectif de la réunion « Bout de champ » organisée par la Chambre d’agriculture, en partenariat avec Lesneven Côte des Légendes, qui s’est tenue mardi dernier, au Gaec de Kerberhun, à Kernilis. Dans cette ferme où des vaches laitières et allaitantes sont élevées par Laurent, Bernard et Joseph Jestin, la SAU est de 190 ha. Pour nourrir leur troupeau, les Finistériens cultivent 45 ha de maïs, de la betterave fourragère, du méteil. 80 ha d’herbe viennent compléter l’apport de fourrage, en pâture ou en fauche. « Le mélange de ray-grass d’Italie et de trèfle incarnat est séché grâce au séchoir en grange, tout comme le méteil, composé de vesce velue, de pois et d’avoine », détaille Joseph Jestin. Le troupeau laitier de 190 têtes est conduit en 2 lots, l’un composé de vaches en début de lactation, l’autre en fin de lactation.
Refaire du stock au printemps
Après ce temps de présentation, les éleveurs présents ont exposé leur situation. Absence d’herbe pendant les mois de juillet et d’août, regain de la pousse en septembre puis nouveau coup de frein, distribution d’une ration hivernale pendant l’été… Les témoignages concordent. Sur les animaux, « le lait a baissé même si du maïs était distribué. En revanche, je n’ai pas vu d’effet sur la reproduction », fait observer un éleveur. « Certains vêlages ont eu lieu avant terme, j’ai eu des avortements sur des génisses », lance un autre agriculteur. Pour faire face à la canicule, le temps de retour aux paddocks a été allongé à plus de 40 jours, le bardage des bâtiments a été retiré chez des participants.
Attention aux ray-grass sensibles à la rouille
La crainte d’une seconde année consécutive chaude et sèche est dans tous les esprits. Pour refaire du stock, certains prévoient de diviser par 2 les semis d’orge pour y implanter à la place du ray-grass hybride et du trèfle. Comme chez beaucoup, les maïs ont été récoltés très tôt, « les couverts ont été semés tôt et présentent déjà une biomasse importante », note Joseph Jestin, qui prévoit de ressemer du méteil. « Ce sera entre 2 et 4 t MS. J’ai arrêté de mettre dans le mélange du seigle, qui produit trop de tige, les vaches ne le mangent pas. Je mettrai du triticale à la place ». La luzerne est une option intéressante, car elle résiste bien à la chaleur : « Mais attention à cet hiver : il risque d’être pluvieux avec des précipitations concentrées. La luzerne a horreur de cela ». D’autres idées à moyen et long terme émergent du groupe, comme le fait de « garder des pâtures en RGA/TB, c’est une valeur sûre, mais en refaisant ses parcelles plus souvent, tous les 4 à 5 ans. En été, les jeunes pâtures ont mieux résisté ». Dans le choix des variétés, un éleveur invite à regarder de près le critère résistance à la rouille. « Avec la minéralisation de l’azote de septembre, la pousse repart. Mais les vaches ne mangent pas l’herbe quand il y a de la rouille, qui donne de l’amertume ». Dans cette partie du Finistère, « on se prépare au pire pour l’année prochaine » conclut le groupe, même si les ensilages de maïs ont globalement donné satisfaction, avec 12 à 14 t MS/ha.
Fanch Paranthoën
Les luzernes ont tenu en sol profond
Au Gaec de Kerberhun, les pâtures se composent de RGA et de trèfle blanc. Les parcelles destinées à la fauche sont implantées en RGH-trèfle violet ou en luzerne-trèfle violet. Ce dernier mélange a, en partie, été semé l’année dernière, sous couvert d’avoine. « Nous avons cette année eu un peu de repousse d’avoine lors de la 1re coupe, la seconde coupe a été beaucoup plus belle. Les 2 dernières, en août et septembre, ont été moins abondantes ». Mais Joseph Jestin fait remarquer que malgré le manque d’eau et la chaleur, ses luzernes « ont donné, surtout sur les sols profonds. Dans les sols à cailloux, on a vu tout de suite la différence ». Du côté de l’entretien des pâtures, « nous broyons les refus 3 à 4 fois pendant l’été pour éviter la présence d’herbe dure et pour éviter les montées en graine des rumex. Nous utilisons un broyeur plutôt qu’une barre de coupe, outil qui n’est pas fait pour cela… et qui se salit quand on l’utilise sur les refus ».

