À Médréac (35), Sophie Dartois conduit seule 375 brebis Romanes sur 48 ha, dont 37 ha de prairies. Installée en 2021, elle est passée de deux à trois périodes de lutte par an : un lot de brebis à l’automne avec agnelages en octobre/novembre, les agnelles avec mises bas en janvier, puis un second lot de brebis au printemps. « Je ne veux pas être en agnelage toute l’année. Les dates sont aussi fixées par rapport à la vie de famille. »
Trois luttes par an, zéro improvisation
La clé tient dans l’organisation. Les lots sont de taille égale, les luttes des brebis ont toujours lieu à la même période. Les béliers restent cinq semaines dans les lots. Un diagnostic de gestation avec dénombrement de la portée est réalisé 45 jours après le retrait des béliers, des échographies qui déterminent l’allotement des brebis en fin de gestation pour un rationnement adéquat. La même logique est infligée aux grands chantiers (tonte, parage…) calés tous les ans aux mêmes dates : « Cela permet de s’organiser et de ne pas oublier. »
Une fin de gestation cadrée
La ration de fin de gestation fait l’objet d’une attention particulière pour limiter la mortalité des agneaux. Sophie Dartois a arrêté l’enrubannage d’herbe-trèfle à cause de prolapsus : seul du foin est distribué en fin de gestation, complémenté trois semaines avant les mises bas par de l’orge produite sur la ferme, un minéral enrichi en sélénium à hauteur de 20 g par brebis et par jour, et du propylène glycol pour les triplés et plus à raison de 50 g/brebis/j. L’enrubannage de qualité est réservé à la lactation. Le fourrage n’est plus broyé, sinon « les brebis se gavaient ».

Génétique et main-d’œuvre
Le potentiel génétique pèse aussi. Les brebis sont croisées avec des béliers charollais, tous les agneaux produits sont vendus en label rouge Brocéliande ou sous la marque Celtes, en circuit long via l’OP Ter’Élevage. Les 50 agnelles de renouvellement Romanes sont donc achetées chaque année. Avec cette prolificité, la main-d’œuvre est déterminante : seule sur l’exploitation, l’éleveuse recourt à une aide extérieure ponctuelle pour gérer la pointe de travail durant les mises bas. « En période de mise bas, je suis présente à 100 % aux agnelages. » L’ambiance de la bergerie participe elle aussi à la réussite.
La preuve en chiffres
Les chiffres 2025 valident cette rigueur : 100 % de mises bas, 255 % de prolificité, 17 % de mortalité des agneaux, qui reste maîtrisée au regard de la prolificité. Et 211 % de productivité numérique, un niveau exceptionnel pour un élevage avec trois périodes de mise à la reproduction. Avec des carcasses de 20 kg en moyenne, la productivité pondérale atteint 42 kg de carcasse par brebis, contre 35 kg habituellement dans ces systèmes.
Carole David
Une marge brute à plus de 300 €/brebis
La marge brute exceptionnelle ressort à 317 € par brebis, constituée à partir d’animaux bien valorisés en 2025 et une maîtrise des charges d’alimentation : seuls 270 kg de concentrés sont consommés par brebis soit seulement 6,4 kg par kilo de carcasse produit, ce qui reste plutôt faible et très bien maîtrisé. Les céréales autoconsommées couvrent environ 19 % des besoins en concentrés. Et les agneaux sont sevrés à 80 j, vendus 10 j après le sevrage pour les premiers, ce qui limite leur consommation d’aliment complet acheté.
Un poulailler devenu bergerie
Conçue dans un ancien poulailler déplacé de 200 mètres, la bergerie mesure 45 m x 15 m, avec un parc de tri attenant de 18 m sur 15 m. Elle compte 204 places au cornadis. Les lots s’y intercalent en fonction des trois périodes d’agnelage. Une gestion rigoureuse qui optimise le coût du bâtiment.

