Cardroc (35)
Après avoir longtemps travaillé dans le conseil et la gestion de la volatilité des cours de matières premières agricoles, Anne-Sophie Perronnet Dezemery a souhaité revenir à un métier de production. Cette ingénieure en agriculture de formation s’est lancée en 2018 dans l’apiculture avec passion. « Dans mon parcours, j’avais davantage étudié et travaillé dans les productions végétales et souhaitais m’orienter vers un élevage. L’apiculture rassemblait ces deux attirances et me permettait de valoriser les produits issus de mes ruches en circuits courts. C’est aussi une ouverture vers l’extérieur et le tissu économique local », a-t-elle souligné lors d’une porte ouverte dans le cadre de l’Api’Week en octobre. Un événement qui met en lumière les professionnels de la filière.
J’aime faire découvrir ce beau métier
En statut professionnel depuis 2021, Anne-Sophie adhère au GIE Élevages de Bretagne et au GDSA. Elle bénéficie de la MAEC Api (Amélioration du potentiel pollinisateur des abeilles). Elle fait aussi partie du réseau Bienvenue à la ferme. Il y a 2 ans, elle a investi dans un grand bâtiment où elle peut collecter et transformer ses produits et les commercialiser dans un espace-boutique dédié.

Organisation et adaptation en tête des choix génétiques
L’apicultrice répartit ses ruches dans une quinzaine d’emplacements autour de chez elle. « Le mieux est de les positionner à moins de 500 m des fleurs qu’elles doivent butiner. » Dans ses choix génétiques, elle place en tête « le comportement, l’organisation dans la ruche et l’adaptation des abeilles à leur milieu. » Viennent ensuite « l’hygiène, la résistance aux maladies et la productivité ». Pour lutter contre les frelons asiatiques, Anne-Sophie utilise au printemps différents types de pièges et, depuis cet automne, des harpes électriques qui neutralisent les agresseurs tout en laissant passer les insectes de plus petite taille.
« Les abeilles produisent le miel en aspirant le nectar et le transportent dans leur jabot où il se mélange à leurs enzymes. De retour à la ruche, le liquide est passé de bouche en bouche entre ouvrières, puis déposé dans les alvéoles et déshydraté par ventilation jusqu’à moins de 18 % d’humidité. C’est cette déshydratation et l’action enzymatique prolongée qui font du nectar le miel. »

Une fois qu’il est mûr, l’alvéole est fermée par un opercule de cire pour le conserver à l’abri de l’humidité. La réglementation française et européenne impose un taux d’humidité maximal de 20 % pour la grande majorité des miels commercialisés. « Mais un maximum de 18 % est nécessaire pour un miel de qualité en France, préférable pour une bonne conservation.
Dans sa miellerie, la productrice a investi dans une machine à désoperculer, deux extracteurs et un mélangeur qui permet d’obtenir un miel crémeux. Anne-Sophie commercialise aussi de la cire, ce corps gras issu de la ruche. « La cire d’opercule est la plus pure, la moins contaminée par l’environnement. On peut l’utiliser pour des cosmétiques, pour réaliser des bougies naturelles… »

Côté production, « cette année a plutôt été bonne. Les abeilles n’aiment pas les printemps pluvieux. Elles apprécient une température extérieure de 18 à 25°C. Par contre, à partir de 35°C, cela devient plus compliqué pour elles. » Lorsque la chaleur monte, des ouvrières apportent de l’eau à l’intérieur de la ruche et d’autres battent des ailes pour faire circuler l’air, accélérer l’évaporation et faire baisser la température. « Cela leur demande beaucoup de temps et d’énergie, au détriment du butinage. »
L’hiver, « elles restent en éveil et se regroupent en une boule serrée appelée grappe autour de la reine ». Leur contraction musculaire produit de la chaleur. Les abeilles ne restent pas immobiles, celles situées sur la couche externe migrent progressivement vers le centre chaud, tandis que celles du centre prennent le relais à la périphérie.
« De 20-30 000 abeilles en sortie d’hiver, la ruche peut en compter jusqu’à 100 000 en pleine production au printemps. » Au cours de sa vie d’environ 1 mois en été, l’abeille ouvrière change progressivement de métier : nettoyeuse des alvéoles pour accueillir les œufs, nourrice pour les larves, maçonne-cirière, magasinière, ventileuse, gardienne, éclaireuse et butineuse. Un parcours tout tracé pour ces infatigables travailleuses.
Agnès Cussonneau
Pour en savoir plus : Les Ruchers d’Anne-Sophie – 6 Lieu-dit Les Tenières – 35190 Cardroc – Contact : 07 60 36 02 86
Produits issus du miel, du pollen, de la cire et de la propolis
Anne-Sophie Perronnet Dezemery produit des miels tous brassés à froid – « pour une valeur gustative et thérapeutique optimale » – de différents types, ainsi que de l’hydromel, des confiseries et pâtisseries au miel : pains d’épice, nonettes, nougat, bonbons et caramels. Ayant suivi une formation en apithérapie, elle commercialise aussi du pollen frais – qui favorise l’équilibre du microbiote et l’immunité – et des produits à base de propolis : une substance résineuse produite par les abeilles pour protéger la ruche, reconnue pour ses bienfaits sur la santé. Ses produits sont commercialisés sur des marchés, dans des épiceries fines, des magasins de producteurs, des GMS ou chez des restaurateurs. Son magasin à la ferme est ouvert tous les vendredis, de 17 à 19 h ou sur rendez-vous.

