« J’ai semé du chanvre pour deux raisons », indique Alexandre Hervé, à la tête d’une ferme de 120 hectares en grandes cultures bio, à Baud. « Je voulais ajouter une dixième culture dans mes rotations pour diversifier encore un peu plus l’assolement et, aussi, assainir une parcelle où le rumex était bien installé ».

Le chanvre est considéré comme une plante nettoyante, rustique, résistante à la sécheresse et constitue un bon précédent dans une rotation. L’agriculteur a semé dans une parcelle emblavée en blé en 2024 et en colza-trèfle en 2025. « J’ai fait un passage de rota et d’un outil à dents avant labour. J’ai ensuite roulé pour conserver l’humidité ». Près de 4 tonnes de fumier de volailles ont été épandues, ainsi qu’1,5 tonne de carbonate humide. « Ensuite, j’ai passé un outil à dents avant de semer, le 21 mai, à 45 kg/ha, à peu de profondeur (au semoir à céréales) pour un démarrage rapide ». Les semences sont certifiées (< 0,3% de THC) et les étiquettes d oivent être remises à la DDTM. Le re-semis des graines est interdit. Aucune autre intervention n’est nécessaire avant la récolte qui a lieu, théoriquement, à partir de la mi-septembre. C’est aussi, à ce moment, que se joue la rentabilité de la culture.

Sécher les graines
L’entreprise Terrachanvre récolte avec une moissonneuse double qui coupe les graines, en hauteur, et la paille, au bec Kemper, en dessous. La variété Bial Obrezeskie a été choisie pour sa double fonctionnalité (certaines variétés sont orientées graines, d’autres paille). Trois moissonneuses circulent dans la région, dont deux en simple coupe.
Les graines doivent être séchées dans les 4 heures
Les graines doivent être séchées dans les 4 heures après la récolte, pour les ramener à 7-8 % d’humidité. Le rendement moyen est de 800 kg de graines par hectare (1,80 €/kg). Sept séchoirs sont à la disposition des producteurs dans le Morbihan. Le prix de la paille est de 100 €/t (rendement moyen de 4,5 t/ha). « Avant même de semer, il faut envisager la récolte », conseille Hervé Derrien, gérant de Terrachanvre, « car l’agriculteur doit aussi stocker la paille ». Le transformateur gère actuellement 380 hectares en Bretagne, dont 60 % dans le Morbihan. Son objectif est d’atteindre 1 500 hectares en bio et en conventionnel, à moyen terme.
Bernard Laurent
De multiples usages
La graine de chanvre est riche en oméga 3 et en protéines. Elle peut être utilisée pour produire de l’huile, de la farine ou des graines décortiquées. La paille est quant à elle composée de 30 % de fibres utilisées pour l’isolation, 60 % de chènevotte utilisée pour faire de l’enduit de finition et 10 % de poussière transformée en matériaux composites.
Bilan technico-économique chez un producteur d’Eureden
Lors de la demi-journée technique à Baud, Eureden présentait des essais réalisés chez un producteur, en conventionnel, dans la région de Ploërmel (voir ci-dessous). La variété semée est orientée « paille ». Les semis ont été réalisés entre le 15 et le 20 avril. La fauche a été réalisée à plat, la première semaine du mois d’août, suivie d’un fanage deux jours plus tard. Le rouissage a duré 4 semaines, au champ, avant l’andainage. Le chanvre a été stocké chez l’agriculteur jusqu’à janvier. À l’usine, la plante est défibrée et ses composants sont utilisés dans le bâtiment, le secteur textile.

