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Sébastien Blanloeil est passé des laitières aux pondeuses

Sébastien Blanloeil, 34 ans, explique comment et pourquoi il a préféré renoncer au système conventionnel laitier pour s’orienter vers un élevage de poules pondeuses. Reportage à Gesté dans le Maine-et-Loire (44).

« Avoir la fibre éleveur, c’est accepter d’être au service des animaux, que l’on parle de traite ou du ramassage des œufs. Un animal malade ou une vache qui met bas, il faut y être. Si on n’accepte pas ça, inutile de faire ce métier ! ». Voilà qui est dit : avec Sébastien Blanloeil, les choses sont claires. À l’écouter, on se doute que malgré les quinze années passées au sein du Gaec familial, ce caractère bien trempé l’a aidé à tourner la page de l’élevage laitier sans renoncer pour autant à sa vocation d’éleveur. Une transition réussie qu’il se plaît volontiers à raconter.

« À un moment, j’ai dit stop »

« J’ai toujours su que je pouvais m’épanouir dans ce métier. En 2005 (j’étais en première bac agricole) le propriétaire d’une partie des terres de mon père est venu nous voir : “Sébastien, j’ai une ferme qui se libère, si tu veux t’installer, c’est maintenant”. Avec le recul, je crois que j’aurais préféré démarrer seul, mais c’était rassurant de le faire avec mes parents. On doublait les surfaces et le troupeau, de quoi peser dans la balance face à une banque ».
Il démarre donc très jeune sa carrière d’éleveur, s’investit dans la ferme, ne compte pas ses heures… En 2012, pour augmenter la production et diminuer les astreintes, le Gaec s’équipe de deux robots de traite. « Un système parfait quand tout va bien, reconnaît-il, mais dès qu’une vache a un problème, ça se complique. Elle ne mange plus, ne va plus se faire traire, la mamelle devient difficile à repérer par le laser… J’ai parfois mis une demi-heure à brancher une seule vache ! ». Il en finit presque par regretter l’investissement d’autant que la baisse des prix du lait grignote les gains de productivité obtenus. « À un moment, j’ai dit stop : j’en avais assez qu’on travaille comme des dingues pour ne rien gagner… On serait resté couché, c’était pareil ! ».

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Sébastien Blanloeil, Maude et quatre de leurs six enfants. Pouvoir travailler ensemble et passer plus de temps en famille : l’une des raisons qui ont encouragé le couple à opter pour cette transition.

« Notre avenir »

La réflexion s’engage alors pour l’éleveur qui voit se profiler la retraite de ses parents… « Je ne voulais pas, comme eux, sacrifier ma vie au métier. Ma famille s’agrandissait et Maude, ma femme, souhaitait me rejoindre sur la ferme. Par ailleurs, par souci d’indépendance, je ne voulais plus de nouveaux associés, pas plus que de salariés ».
Sa problématique finit par se résumer à une formule : comment s’organiser une vie meilleure ? Autrement dit : comment augmenter ses revenus tout en diminuant la charge de travail ?
« J’en ai beaucoup discuté avec mes parents, mais d’abord avec Maude parce qu’il s’agissait de notre avenir ».
L’idée du couple est la suivante : se diversifier d’abord, limiter l’activité laitière ensuite. « Il fallait s’orienter vers un système permettant de réduire le troupeau et la SAU, et dans lequel Maude puisse me remplacer à tous les postes sans avoir à manipuler de gros animaux ».

Essai concluant

C’est précisément à cette période qu’un voisin, sur le point d’arrêter son activité, propose au Gaec de lui louer un poulailler de pondeuses. Sébastien et son père qui ont déjà élevé du canard se montrent intéressés : « On voulait repartir sur de la volaille de chair en réaménageant le bâtiment, mais vu son état, on nous a plutôt conseillé de garder l’équipement et de prendre des pondeuses ».
L’essai se révèle concluant puisqu’au terme d’une première bande, les chiffres et la marge annoncés sont au rendez-vous : 6,50 € de la poule en fin de lot. La coopérative leur propose alors d’investir dans un bâtiment neuf. L’agriculteur poursuit sa réflexion avec sa femme et ses parents et opte pour un élevage bio de
12 000 pondeuses. En parallèle, il monte un plan de retrait du Gaec avec comme perspective de vivre principalement du poulailler. Un processus qui suit son cours : « Courant 2021, mes parents vont continuer à réduire le nombre de vaches, arrêter complètement le lait et ne conserver que leurs terres ».

Mariage de raison

C’est en mai 2019 que Sébastien a rentré sa première bande, mettant tout son savoir-faire au service des pondeuses bio : « C’est vrai qu’on ne manipule pas une poule comme une vache, mais dans le fond, c’est pareil, il faut être tout aussi attentionné. Si j’en repère une qui va mal, je vais la voir. L’été dernier, quand il a fait très chaud, j’en ai sauvé un bon nombre en les plaçant dans une pièce fraîche… ».
Bien s’occuper des animaux fait la différence, il en est convaincu : « Les poules d’un bon éleveur rapportent plus ! ». Voilà sans doute pourquoi Sébastien prend tant soin des siennes. Ainsi, il a récemment planté 250 pommiers dans le parc entourant le bâtiment. Mariage de raison, s’il en est, puisque ses poules pourront bientôt s’enhardir sous les branchages (à l’abri du soleil comme des rapaces) pour s’y délecter des parasites du pommier… Et dans cinq ans, l’éleveur proposera ses premières pommes à une cidrerie.

Pierre-Yves Jouyaux

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Du GAEC à l’EARL en quelques chiffres

2006 : reprise d’une ferme par Sébastien Blanloeil et création du Gaec « La Bonne Marie » avec ses parents (3 personnes associées + 1,5 salarié).
• Cheptel : 130 vaches pour 1,4 million de litres de lait,
• SAU : 260 ha , dont
– 100 ha de céréales (vente)
– 160 ha de maïs et fourrage pour le troupeau.

2012 : automatisation de la traite.

2019 : démarrage de la production d’œufs bio avec plan de retrait du Gaec.
• Système en intégration – coopérative du Gouëssant,
• Superficie poulailler : 2 000 m² ,
• Parc : 5 ha,
• 12 000 poules,
• Durée d’une bande : 13 mois,
• Investissement : 500 000 € amortissables sur 12 ans,
• Prix d’achat de l’œuf garanti pendant la durée de l’amortissement,
• Revenu de base moyen généré : 10 € par poule.

2021 : arrêt de la production laitière et sortie du Gaec pour Sébastien Blanloeil.
Installation avec Maude en EARL (conjoints collaborateurs).

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