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La méthanisation, un complément intéressant pour les éleveurs porcins

 

Témoignage

Jérôme Plouzennec porte un projet d’unité d’injection de gaz renouvelable à proximité de Quimper, qui sera autonome en matières premières et fournira 50 Nm3 de biométhane par heure.

Jérôme Plouzennec a commencé à réfléchir à une diversification de ses productions il y a environ 2 ans. Son atelier de production porcine de 400 truies, avec une partie de fabrication de l’aliment à la ferme, n’atteignant pas la rentabilité souhaitée, le producteur réfléchit à d’autres voies. La construction d’un nouveau bâtiment avec agrandissement aurait demandé une nouvelle organisation de l’élevage, avec « des problématiques de main-d’oeuvre, un coût élevé du bâtiment et des astreintes supplémentaires », témoigne l’éleveur basé à Pluguffan (29). C’est alors qu’il se tourne vers Capinov (accompagnement de projets de méthanisation) pour mettre sur pied un projet de méthanisation. « Le prix du cochon était reparti, il fallait faire quelque chose ». En interrogeant GRDF sur la faisabilité du projet et à la suite d’une première étude, le distributeur de gaz lui confirme que le réseau passe à proximité de l’élevage. L’exploitation étant située entre Quimper et Pluguffan, la demande en gaz est bien réelle, les canalisations de distribution sont en place. « L’injection est plus souple, il n’y a pas les contraintes d’une cogénération, avec des maintenances à réaliser sur le moteur. C’est aussi une diversification rentable rapidement, l’injection sera constante toute l’année ».

Etre autonome

L’éleveur dimensionne un projet de production de gaz injecté dans le réseau capable d’être autonome en matières premières. « Je produirai entre 50 et 55 m3 / h, ce qui est la limite de rentabilité ». Le coût du raccordement au réseau, se situant à 800 m des bâtiments, sera en partie pris en charge par GRDF, au titre de la réfaction. « Je peux prévoir une production de gaz supérieure, mais l’unité serait alors dépendante d’approvisionnements extérieurs ». Le futur projet sera alimenté par 27 tonnes de produits méthanogènes par jour, composées de lisier de porc, de fumiers issus des truies élevées sur paille, de Cive, de menue-paille et de cannes de maïs grain quand l’année s’y prêtera.
Le montage de ce projet est aussi l’occasion de mettre à jour les capacités de stockage d’effluent de l’exploitation, « avec à terme le projet de couvrir toutes mes fosses ».

Un travail à temps plein

Le producteur prévoit d’ores et déjà des pics de travaux lors de la récolte des Cives, coïncidant avec la période des préparations des terres à maïs. « L’épandage du digestat sera délégué à une ETA équipée d’enfouisseurs pour limiter au maximum la volatilisation. La récolte des Cives sera traitée en chantier complet par entreprise ». Côté temps de travail, Jérôme Plouzennec table sur un temps complet pour piloter l’unité de méthanisation. «J’ai la chance d’avoir des salariés compétents techniquement, déjà habitués à la maintenance générale des outils de l’exploitation ».
Conscient d’entrer dans un nouveau domaine, le producteur de porcs se réjouit de retrouver une dynamique de projet, et de travailler avec des interlocuteurs différents de nos métiers d’éleveurs. Il est aussi très important d’être bien entouré pour se faire aider, le professionnalisme des partenaires choisis rassure les banques », conclut-il. Si les premiers travaux de terrassement ne sont pas encore calés, le porteur de projet pense pouvoir faire aboutir cette unité de production de gaz renouvelable pour la fin 2021.

4 points de vigilance pour réussir un projet

Les éleveurs de porcs doivent se sentir concernés par les opportunités offertes par la méthanisation et les dynamiques territoriales associées, que ce soit en projet individuel ou en collectif. Aussi, il est essentiel de bien tenir compte des retours d’expérience et d’anticiper certains éléments de contexte :

1. Bien maturer son projet, sans se précipiter. Il faut se donner les moyens de monter en compétence et de prendre des avis indépendants, pour apprécier les forces & faiblesses de son projet.

2. Être prudent dans le business plan. Le tarif actuel est amené à évoluer, même si la baisse devrait être limitée, lorsque la part de déjections (dont lisier de porc) sera de 60%.

3. Privilégier un modèle économique stable et maîtrisé, en cohérence forte avec son élevage. Les objectifs de l’Etat, en termes de biométhane, restent imprécis à moyen terme ; l’accès au tarif d’achat pourrait se durcir pour certains types d’unités.

4. Anticiper la communication pour favoriser l’appropriation locale et s’inscrire dans une démarche cohérente vis-à-vis de l’environnement.

 Hervé GORIUS, Chargé de mission méthanisation et climat, Chambres d’Agriculture de Bretagne

 

 

 

De nouvelles opportunités permises par le « Droit à l’Injection »

De plus en plus d’éleveurs manifestent leur intérêt pour injecter du biométhane dans les réseaux. Plus de 1100 projets en injection sont inscrits au registre tenu par les opérateurs de réseaux gaz. En régions, les équipes de GRDF et GRTgaz oeuvrent quotidiennement pour adapter et développer la capacité des réseaux à recevoir ces nombreux projets, notamment quand des zones sont saturées en été. La mise en oeuvre du «Droit à l’Injection», opérationnelle depuis début 2020, conforte cette dynamique, avec des avancées majeures :

– La possibilité de financer des adaptations de réseaux, nécessaires à l’accueil des productions de biométhane : maillages, rebours entre réseau de distribution et de transport (sous certaines conditions de rentabilité des investissements, selon les quantités de biométhane attendues). Sur les zones favorables, ces travaux ne sont plus à la charge des porteurs de projet.

– L’instauration d’une règle de partage des coûts de raccordement, quand un réseau gaz bénéficie à plusieurs projets d’injection. Cette avancée met fin au principe du « premier demandeur, premier payeur », et permet de mutualiser les coûts.

 Christophe BELLET, Délégué Développement Biométhane GRDF

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