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Les ânes aident des enfants à se (re)construire

À Saint-Fiacre (22), Sylvie et Jacky Labourde accueillent à la ferme des enfants en détresse familiale. Au contact des animaux, ces séjours réguliers, les aident à s’ouvrir au monde et à se construire.

Devenir adulte est rarement chose facile, mais quand les choses se compliquent dès l’enfance, un soutien pour se construire, voire se reconstruire ne relève pas du luxe ! Ce soutien, on peut aussi le recevoir sous forme de médiation par l’animal. C’est bien ce que viennent chercher chez Sylvie et Jacky Labourde, les professionnels accompagnant ces enfants en quête de repères et d’apaisement.

Ainsi, Dylan, Kézia et Manon sont venus passer quelques jours de leurs vacances d’hiver à Min Guen. Les voilà autour des ânes. Au milieu d’un enclos, l’éleveuse a étalé du foin. « Allongez-vous dessus, ils vont venir manger… ». Un moment intense que les enfants adorent. « Vous pouvez leur faire des bisous, si vous voulez, les encourage-t-elle. Là, on est sur le contrôle des émotions, précise-t-elle, je leur ai appris comment être doux et calme pour se faire accepter des ânes. Il s’agit de se concentrer, d’être présent, d’écouter le bruit qu’ils font en mangeant… ».

Intégration

Il va de soi que tout un travail est nécessaire avant d’en arriver là . « L’accueil d’un enfant commence toujours par un week-end d’intégration, poursuit-elle. J’ai besoin d’être seule avec lui, de l’observer, de lui faire approcher les animaux. De son côté, il doit s’habituer à notre façon de vivre… On se découvre et, en fonction de son comportement, j’anticipe son prochain séjour : avec quel autre enfant pourra-t-il partager sa chambre ? ».
Les services de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) sont de plus en plus demandeurs de ces lieux où les enfants peuvent lâcher prise en trouvant réconfort et bien-être. Travaillant sous-contrat pour ces organismes d’État, l’agricultrice est en lien direct avec les assistantes sociales et les éducateurs. « Certains des enfants vivent chez leurs parents, d’autres en familles d’accueil ou en foyer ».

À l’éleveuse de conjuguer les codes de la médiation selon les besoins identifiés : « On part toujours de leurs difficultés : introversion, peur de l’inconnu, agressivité, retard moteur… et on cherche à les faire évoluer par des exercices adaptés. Ma phrase clef, c’est : ne fais jamais aux animaux ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. Est-ce que tu aimes qu’on te parle doucement… Oui ? Alors, parle-leur doucement ».
La réponse animale, le plus souvent gratifiante, sanctionne parfois une maladresse. Mais à cet âge, on apprend vite : « De jour en jour, ils s’enhardissent, revisitent les notions d’altérité et de respect. Avec l’animal, ils peuvent construire un lien d’affection sain et sans contrepartie ». Ce que Claire, treize ans, résume en deux mots… Quand on lui demande ce qu’elle aime chez les ânes, elle glisse : « Leur gentillesse ».

Le nouveau gîte, aménagé dans un ancien café du village, permet d’accueillir les enfants, confiés par les services sociaux, dans un cadre sécurisant et chaleureux

Sans jamais se forcer

Avec patience, Sylvie Labourde propose nombre de situations répondant aux besoins de chacun pour gagner en autonomie, oser, prendre une décision, faire preuve de détermination sans violence ou s’interroger sur son hygiène corporelle… Ensemble, on avance, en confiance, sans jamais se forcer. Claire, allongée au sol, vient d’accepter qu’une brebis lui mange des granulés sur le ventre. Mais Lisa, sa petite sœur, a peur… Qu’à cela ne tienne, l’agricultrice l’invite à nourrir la brebis à la main.

« Et puis, ajoute Jacky Labourde, il y a ce qu’on peut aborder en se servant du quotidien : ranger, cuisiner, aider à bricoler, monter sur le tracteur… ». À Min Guen, il y a toujours un truc à faire, à commencer par parler aux animaux, les soigner, les brosser ou simplement les caresser : du chinchilla au lapin ou de la chèvre à Mowgli, le chien de la maison.

Ancien café du village

Depuis l’ouverture de Min Guen en juillet 2013, l’offre de Sylvie et Jacky Labourde ne cesse d’évoluer et de s’adapter à la demande : « On a commencé par de simples balades avec les ânes ou des goûters d’anniversaires, avant d’accueillir des enfants en difficulté, mais également des personnes âgées ou en situation de handicap ». Autrement dit, la médiation peut aussi bien être récréative que thérapeutique.
Les premiers séjours pour enfants ont débuté fin 2014 grâce à deux chambres spécialement aménagées. Le rachat, l’an dernier, d’un ancien café du village pour le transformer en gîte marque une nouvelle étape du projet : « En mai prochain, une fois l’aménagement terminé, on pourra accueillir vingt personnes, offrant la possibilité à des groupes entiers, avec leurs accompagnateurs, de séjourner à deux pas de la ferme ».
Siméon, Paméla, Tisane, Mirabelle et les autres ânes de Min Guen peuvent se frotter les sabots : ils ont de beaux jours devant eux !

Pierre-Yves Jouyaux

Histoire à marquer d’une pierre blanche…
« J’ai toujours eu des animaux autour de moi, raconte Sylvie Labourde, mais ma carrière professionnelle a débuté dans le médico-social : aide-soignante, ambulancière, puis assistante dentaire. Mon mari Jacky, lui, était commercial. On vivait près de Rennes et on louait un champ où j’ai installé Siméon, mon premier âne. À cette époque, j’allais régulièrement chercher ma mère à l’Ehpad où elle avait été admise pour troubles de la mémoire. On passait du temps ensemble, avec Siméon… Un jour, la chef de service me dit : quand votre maman revient, elle est apaisée, quelque chose s’est passé. cela vous dirait de tenter l’expérience avec d’autres résidents ? ». Pour Sylvie, c’est l’opportunité rêvée de tester les effets bénéfiques de la médiation par l’animal. « Je recevais quatre mamies autour d’une table, on discutait, mon Siméon était là. Cela commençait par du sensoriel : toucher l’âne, le brosser, le promener ». Les personnels de l’Ehpad redécouvrent alors ces résidentes qui les gratifient de sourires ou de lointains souvenirs avec le monde animal…

« D’un coup, les fenêtres se sont ouvertes. On s’est dit qu’on allait en faire notre métier ». Min Guen est la première maison qu’ils visitent : « Une ancienne ferme et ses quatre hectares. On a pu acheter les terres en 2011 parce que j’avais un projet d’installation en diversification agricole ». Mais la concrétisation va encore leur prendre deux ans. « Accompagnée par une conseillère de la Chambre d’agriculture, j’ai suivi un Plan de professionnalisation personnalisé et d’autres formations en parallèle dont celle conduite par François Beiger, de l’Institut français de zoothérapie. J’y ai appris comment travailler avec un autiste, un polyhandicapé ou un hyperactif, consacrant un mémoire aux enfants en détresse sociale. Et puis, bien entendu, je me suis formée à l’asino-médiation. » La suite vous la connaissez… Juste une dernière chose : Min Guen en Breton, cela veut dire pierre blanche !

Les ânes de Min Guen – Sylvie & Jacky Labourde
Min Guen 22720 Saint-Fiacre
06 65 05 49 36
lesanesdeminguen@yahoo.fr

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