Cultures

Blé noir tradition Bretagne, l’association veille au grain

Créée en 1987, l’association Blé Noir Tradition Bretagne regroupe aujourd’hui 1 400 producteurs, trois organismes stockeurs et neuf minotiers. Son but : promouvoir la production d’une farine de blé noir 100 % bretonne.

Vendanges, cueillettes ou moissons : les récoltes restent un moment fort de l’année agricole, surtout quand s’y ajoute l’incertitude de la météo…  Sur le bord de la route, Franck Adenys, producteur laitier à Guern (56), suit attentivement la moissonneuse quadrillant l’une des deux parcelles qu’il a plantées en blé noir au printemps dernier. À la mi-octobre, après une semaine de pluie, le soleil signe son grand retour et, fort heureusement, l’ETA avec qui il travaille a pu  mettre à sa disposition une machine… Ce soir, il pourra donc livrer son grain dans un des sites de stockage agréés par Blé Noir Tradition Bretagne (BNTB), association qu’il préside depuis bientôt trois ans. Aujourd’hui, le producteur attend aussi une visite : celle d’Émeline Pocard, l’une des deux salariées permanentes de l’association.

Émeline Pocard, salariée de l’association, en visite dans l’un des bâtiments agréés pour le stockage du blé noir. La récolte doit être impérativement acheminée au silo de séchage dans les 48 heures qui suivent la moisson.

Chef d’orchestre

« La création de Blé Noir Tradition Bretagne s’inscrit au départ dans une volonté de préserver les traditions régionales, souligne la jeune femme, et la farine de blé noir en fait évidemment partie ».
En effet, dans les années 70, le sarrasin a bien failli disparaître du paysage agricole breton au profit de cultures jugées plus rentables. Heureusement, quelques meuniers et agriculteurs ont eu la bonne idée d’en relancer la culture dès 1987. Le comble eut été que dans une région où la galette demeure un porte-étendard de sa gastronomie, on ne puisse plus la fabriquer avec une farine de pays !

Trente ans plus tard, force est de constater que le pari semble gagné : la filière, bien en place, a pour chef d’orchestre l’association BNTB coordonnant le travail des trois acteurs qui la composent : producteurs, organismes stockeurs et meuniers. Ce système bien rôdé leur permet, en se concertant, de mieux gérer la production et de prévoir les surfaces à planter (en fonction de la demande et des quantités stockées). « Notre rôle principal consiste à vérifier qu’à chaque étape, du semis jusqu’à la transformation en farine, les bonnes méthodes sont employées », insiste Franck Adenys. 
Et pour ce faire, quoi de mieux que d’établir un bon cahier des charges ? « Le nôtre définit des règles strictes en matière de sélection des parcelles, de semis, de suivi des cultures, des récoltes, du transport, du séchage, du triage et de la fabrication », ajoute Émeline Pocard.

Seule IGP en Europe

Grâce à un travail rigoureux et de longue haleine, l’association est même parvenue à décrocher en 2010 le label « Indication Géographique Protégée » (IGP). La seule actuellement reconnue pour le blé noir en Europe ! Elle garantit au consommateur que jusqu’à la transformation finale du blé noir en farine, tout le processus de production a bien eu lieu en Bretagne ou en Loire-Atlantique.    
Ainsi, entre 350 et 400 producteurs sur les 1 400 adhérents sont chaque année autorisés à produire du blé noir (lire encadré). En effet,  le cahier des charges imposant que la culture s’insère dans un assolement triennal, seul le tiers des exploitations peut être engagé à produire. « Au total, cela représente environ 3 000 ha semés sur les cinq départements », précise Émeline Pocard. À comparer toutefois avec les 100 000 ha encore cultivés en Bretagne dans les années 60 !

Ça y est, la remorque de Franck Adenys est pleine et sa récolte semble prometteuse : « Le grain est de bonne qualité, je peux remercier mes abeilles, elles ont bien travaillé », glisse-t-il à sa visiteuse.
Autre motif de satisfaction et d’encouragement pour le président de BNTB : le recrutement d’une technicienne en 2017. « Christine Larsonneur, notre directrice et unique salariée ne pouvait plus assurer seule toutes les missions de contrôle et de communication. La jeune technicienne a fait ses preuves en l’épaulant deux étés consécutifs. Désormais, elle nous accompagne à temps complet et s’occupe en particulier du suivi des agriculteurs », conclut Franck Adenys.

Les engagements du producteur
En rejoignant l’association Blé Noir tradition Bretagne, le producteur s’engage à respecter le cahier des charges propre à l’Indication géographique protégée. Quand il adhère, il se met en lien avec un des trois organismes stockeurs agréés par BNTB : Triskalia, Agrial ou Roul’agrinov. Il doit lui indiquer le nombre d’hectares qu’il est en mesure de dédier à cette culture. Ensuite, il peut semer la surface retenue par l’organisme qui, en échange, s’engage à lui acheter l’intégralité de sa production. Ne pouvant être traitées par produits phytosanitaires, les parcelles choisies doivent, de plus, être intégrées à une rotation en assolement triennal de manière à éviter la contamination de parasites provenant de cultures précédentes. Outre le choix des parcelles, la phase la plus importante pour le producteur est celle du semis. Il doit avoir lieu entre le 1er mai et le 15 juin et, pour limiter les adventices, les parcelles doivent faire l’objet d’un ou de plusieurs faux semis. La semence utilisée est certifiée. Il s’agit de la variété Harpe (type argentée). Pendant l’été, un contrôleur de l’organisme stockeur passe vérifier la conformité de la culture au cahier des charges. Le producteur peut également être contrôlé par un technicien de l’association (Émeline Pocard) ou par le Certipaq, organisme indépendant mandaté par BNTB. La cotisation de l’adhérent n’est redevable qu’en année de production. Son montant est proportionnel aux surfaces plantées et au tonnage récolté.

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Pierre-Yves Jouyaux

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