ÉlevageIlle-et-Vilaine

Fabrice Morlier soigne les pieds des laitières

Si on fait l’inventaire des activités liées à l’élevage laitier : conducteur-collecteur, vétérinaire, inséminateur… le pédicure bovin n’est sans doute pas le premier à nous venir en tête. Son savoir-faire est pourtant indispensable  à la bonne conduite d’un cheptel. Rencontre avec Fabrice Morlier, installé dans le pays de Vitré.

Fabrice Morlier vient de garer sa cage de contention devant l’entrée de la stabulation. Il la dételle, puis avec l’aide de Pascal Maudet, l’éleveur, pousse l’engin jusqu’à un enclos où patientent six vaches marquées d’une tache rose. L’agriculteur les a repérées : « Quand on les regarde, les vaches nous parlent ! », fait-il remarquer. Ces six-là lui ont fait comprendre qu’elles étaient gênées : soit en boitant, soit en croisant leurs pattes avant ou tout simplement en restant couchées dans leur logette… Quelque chose dans leur comportement lui a indiqué qu’il était temps de faire appel au pédicure !

« Les problèmes se détectent souvent pendant la traite, indique Fabrice Morlier, c’est le moment où l’on peut observer les pattes arrière de près ». Et il sait de quoi il parle puisque la traite, ce matin, c’est lui qui l’a faite : « j’ai commencé à parer au printemps 2015 et pour compléter mes revenus, j’ai dû faire des remplacements. J’en fais encore un peu, comme actuellement chez Pascal qui recherche un ouvrier agricole ». Ça y est, la cage est prête : train de roues retiré, rallonge branchée, éclairage allumé… Tandis que l’éleveur attire la première bête avec un seau de céréales, Fabrice affûte sa rénette. Puis, quand l’animal est entré dans la cage, il l’immobilise à l’aide d’une sangle l’empêchant de reculer.

Avant de commencer à parer, Fabrice affûte sa rénette, outil tranchant qui permet de diminuer l’épaisseur des onglons, un travail qui le plus souvent se fait à la meuleuse. Pour la longueur, le pareur utilise une tenaille ou pince demi-lune (visible derrière le pot blanc).
Avant de commencer à parer, Fabrice affûte sa rénette, outil tranchant qui permet de diminuer l’épaisseur des onglons, un travail qui le plus souvent se fait à la meuleuse. Pour la longueur, le pareur utilise une tenaille ou pince demi-lune (visible derrière le pot blanc).

Question d’équilibre

Le travail va pouvoir commencer. Une première patte est soulevée à l’aide d’un treuil… Fabrice va prioritairement s’occuper des pieds arrière de l’animal : « Les plus souvent atteints, souligne-t-il. Je nettoie d’abord le pied avec un peu de paille, puis je vais égaliser l’épaisseur et la longueur des deux onglons pour rééquilibrer l’animal. Sur la patte arrière, on commence toujours par l’onglon interne ». Ensuite, le pédicure vérifie l’état de l’onglon externe, celui qui est à surveiller. Suivant la dégradation de sa sole (partie portante), cet onglon peut présenter une tache rouge (bleime), un ulcère (fissure) ou une cerise (chair ressortant de la fissure). « À ce stade (ulcère ou cerise), je dois poser une talonnette pour créer une suppression d’appui ».

Cette vache souffre d’un ulcère à l’onglon interne d’une patte avant. Le pédicure fixe une talonnette de bois sur l’onglon sain pour éviter le contact avec le sol, puis il accélère le séchage de la colle à l’aide d’un décapeur thermique.
Cette vache souffre d’un ulcère à l’onglon interne d’une patte avant. Le pédicure fixe une talonnette de bois sur l’onglon sain pour éviter le contact avec le sol, puis il accélère le séchage de la colle à l’aide d’un décapeur thermique.

Dermatite et perte d’appétit

L’autre pathologie que le pédicure surveille et soigne fréquemment, c’est une dermatite digitée d’origine bactérienne (dite de Mortellaro). Elle s’installe entre les deux onglons, le plus souvent ceux des pattes arrière. La lésion, de forme ronde, sent mauvais et fait souffrir l’animal jusqu’à le faire boiter et perdre l’appétit… « J’écarte les doigts, enduis la lésion d’une crème au sulfate de cuivre, puis pose un pansement qui doit être retiré dans les deux jours par l’éleveur ».

Sur les six vaches examinées, quatre souffrent de dermatite digitée. Une présente un ulcère sur une patte avant, le pédicure lui pose une talonnette. La sixième souffre d’un panaris et l’éleveur la place aussitôt sous antibiotique. C’est terminé, le pédicure raccroche sa cage, la passe au karcher, puis la désinfecte. Cet après-midi, il ira soigner les vaches d’un autre éleveur. La ferme laitière, c’est son domaine. Il y a grandi et a même tenté l’expérience avec Mélisande, sa femme. « Mais le troupeau qu’on nous a vendu n’était pas sain, on a dû réformer plusieurs bêtes. Seulement pas facile d’en retrouver quand on est en conversion bio… Financièrement, on n’a pas tenu ».

Pas question pour autant de quitter le monde agricole, ni l’élevage laitier. Suite à la liquidation de leur exploitation, en 2014, Fabrice a décidé de se former au métier de pédicure bovin dont il espère bien vivre complètement d’ici la fin de l’année. Et les choses semblent bien parties : « En général quand je passe dans une ferme, le client me rappelle ! ».

Une vache qui boite, c’est une urgence !

Le CFPPA du Rheu est le seul établissement en France à délivrer le diplôme de pédicure bovin. Isabelle Delaunay, coordinatrice de la formation, explique pourquoi ce métier a de l’avenir : « Tout simplement, parce que les boiteries ne se guérissent pas seules ! Et comme l’évolution des conditions d’élevage favorise leur développement, le pédicure a, plus que jamais, toute sa place auprès de l’éleveur laitier. Je distingue deux causes principales à la croissance des boiteries : le recours aux logettes et l’augmentation du nombre moyen de bêtes par bâtiment. Quand une vache commence à boiter, se coucher dans une logette pour se reposer est plus difficile que sur une aire paillée… Et très vite, ça peut s’aggraver. Quant aux atteintes d’origine infectieuse (dermatite digitée, fourchet, panaris…), plus il y a de bêtes, plus les bactéries prospèrent ! Et ce d’autant plus, s’il y a eu achat ou fusion de cheptel. Avec les vaches, on a acheté la maladie ! Alors comment limiter ces boiteries d’origine infectieuse ? On peut utiliser une matière révolutionnaire qui permet d’assécher les bâtiments et d’apporter du confort aux bêtes : la paille… Plus sérieusement, quand une vache boite, c’est une vraie urgence ! Ne pas la soigner, c’est perdre du lait et, au pire, perdre la bête. Mais surtout, en cas de pathologie infectieuse, prendre le risque qu’elle contamine l’élevage. Le pédicure bovin, c’est un œil capable d’analyser les causes de boiterie. Avec l’éleveur et le vétérinaire, il forme un trio aux services des animaux et de leur bien-être. Alors si le métier vous tente, renseignez-vous…

Formation Pédicure Bovin – CFPPA Le Rheu, 02 99 60 87 77, cfppa.le-rheu@educagri.fr (Dépôt des dossiers d’inscription possible jusqu’en juin 2018)Isabelle Delaunay, CFPPA du Rheu (35)

Contact : Fabrice Morlier, Pédicure bovin indépendant : 07 83 38 02 72, morlier.fabrice@gmail.com, Argentré du Plessis. Pays de Vitré 35

Pierre-Yves Jouyaux

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