Politique et Syndicalisme

Que l’Europe se réengage dans la Pac

Jacques Carles, de Momagri, abhorre la Pac actuelle où l’Europe est désengagée. Il propose un modèle après-2020 pour stabiliser les revenus.

L’enveloppe de la Pac est parfois stigmatisée car elle concerne la plus grande part du budget de l’Europe. « Mais par rapport aux enjeux liés à l’agriculture, elle n’est pas si importante. Pour le comprendre, il suffit de comparer avec la Chine et les États-Unis », relativise Jacques Carles, du think tank Momagri, lors de la session de la Chambre d’agriculture des Côtes d’Armor. Aujourd’hui, l’Union européenne consacre 100 milliards de dollars d’aides par an à son agriculture, « en baisse constante ».

Les États-Unis autour de 150 milliards dont 100 milliards d’aide alimentaire qui s’appuie sur « un marché considérable puisque 95 % de leur alimentation est fabriquée à partir de produits américains ». La Chine, elle, a plus que doublé son budget agricole entre 2008 et 2015 pour atteindre plus de 220 milliards. « Là-bas, toute la panoplie des aides existantes est utilisée pour garantir des revenus élevés à ses paysans et enrayer l’exode rural mais aussi des prix bas aux consommateurs en assurant la sécurité alimentaire. »

soutien-agriculture

La tonne de blé sur le marché mondial se négocie ainsi à 140 $, contre 372 $ en Chine… « Pratiquement tous les pays aident leur agriculture. L’Europe, qui se désengage peu à peu et a démantelé ses politiques d’intervention, est à contre-courant de la Chine qui stocke beaucoup », souligne le spécialiste qui a travaillé à la Commission européenne.

Députés peu informés

Jacques Carles, Momagri
Jacques Carles, Momagri

Pire, « la Pac a perdu sa légitimité et son efficacité parce que les politiques agricoles ont été renationalisées. Dans tous les domaines, la Commission valide un budget et considère ensuite qu’elle n’a plus de responsabilité. » Il pointe aussi un Parlement européen entré depuis 2009 dans un schéma de co-gestion. « À des parlementaires peu informés sur l’agriculture, la Commission a expliqué que le découplage était la meilleure chose dans le meilleur des mondes. Or, le découplage est la base de la déresponsabilisation… »

Jacques Carles martèle que la politique agricole est une politique majeure. « L’avenir de l’Europe ». Malheureusement, il constate que « nos députés européens s’y intéressent encore peu alors que la France est un grand pays agricole ».

Atténuer la spéculation

Son équipe travaille donc sur l’après-2020. « Objectif : stabiliser le revenu des agriculteurs dans un environnement hyper-volatil où certains acheteurs déstabilisent parfois les marchés. » La première chose à instaurer sont les aides contra-cycliques. « Quand les prix, suivis par un Comité de marché, passent en dessous d’un seuil de régulation public, il y a intervention de la puissance publique. Au contraire, au-dessus d’un seuil de solidarité financière, une taxe sur les transactions permet d’approvisionner le fonds de réserve pour assurer le soutien en période difficile mais aussi d’atténuer la spéculation. »

La « Pac Momagri » est en fait une boîte rassemblant de nombreux outils complémentaires. Des simulations de son efficacité ont été menées sur 600 exploitations laitières de la Marne et 2 600 du Grand-Ouest : « Les chiffres d’affaires sont stabilisés et ce système permet à l’Europe de faire des économies budgétaires en période de prix élevés… » Momagri a bon espoir de faire « bientôt » une proposition pour que les élevages hors-sol puissent également faire face à la volatilité. Reste à convaincre « un noyau de parlementaires pour porter le projet car tout se joue dans les deux prochaines années… »

Quel rôle pour l’assurance ?
« Le système assurantiel comme solution magique ? Plutôt une manière d’excuser la puissance publique de ne pas prendre ses responsabilités », démarre Jacques Carles. « Un système qui mutualise les risques est un bon complément à condition que la puissance publique intervienne en premier en assurant un socle de soutien et le développement des filières.»

Jean-Yves le Diouron, de Groupama Loire Bretagne, acquiesce : « Sur la période 2005 – 2015, Groupama a collecté 2,05 milliards d’euros de cotisations d’assurance climatique et redistribué 1,964 milliard d’euros. Répartie sur l’ensemble des assurés, l’assurance de ce risque a été à peu près gratuite. Sur 2016, c’est plus de 200 millions collectés mais 450 millions distribués… L’assurance ne peut être qu’une partie de la solution pour construire un système de lissage des chiffres d’affaires. »

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