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Champ libre aux légumes

Rechercher de la plus-value par des produits atypiques

Gilles Le Bihan assure son revenu avec 90 % de sa production en tomate. Il a choisi de multiplier les produits pour casser la monotonie et pour consolider ses recettes.

Chez Gilles Le Bihan à Plouénan (29), la serre regorge de trésors. La production principale reste la tomate. Mais ce ne sont pas moins de 20 variétés que l’exploitant a choisi de produire. 10 % de ses revenus proviennent de la culture de  mini-poivrons, poivrons longs ramiro et futurs légumes présents sur les étals de demain.

Viva España

Gilles Le Bihan a découvert les mini-poivrons voilà 6 ans lors d’un voyage en Espagne. « J’ai tout de suite été surpris par le goût du produit, plus sucré et plus doux qu’un poivron classique », explique le producteur. L’année suivant cette découverte, la station expérimentale du Caté a travaillé sur le produit, tant sur l’aspect variétal que sur les densités de plants en production. « En 2010, un autre producteur de Cléder (29) s’est aussi lancé dans la production. Nous sommes aujourd’hui 8 serristes à faire pousser le mini-légume, avec une surface totale de 8 000 m² ».

Gilles Le Bihan
Gilles Le Bihan.

Les plants sont reçus au début du mois de janvier pour commencer à produire à la fin mars, avec un pic de production entre mi-avril et mi-mai. Après un creux de production, la récolte bat de nouveau son plein en juillet, stagne en août pour repartir en septembre et se terminer en octobre. « La difficulté de la production réside dans la gestion de rendement en dents de scie. Nous travaillons toujours avec le Caté pour connaître les raisons de ces variations, peut-être dues à la lumière ou à la température. Malgré tous les efforts marketing permis par Prince de Bretagne, et quand une GMS met 15 jours à mettre en place le produit en supermarché, il ne faut tomber en période creuse de production. Les concurrents allemands ou hollandais arrivent à écrêter les volumes livrés car ils sont plus nombreux. Le mini-poivron reste toutefois une culture simple à conduire. Il est sensible au puceron, et nous le conduisons comme une tomate. Nous devons, dans tous les cas, travailler à une conduite spécifique, notamment sur les besoins en température du fruit. »

La récolte, assez simple, est ensuite conditionnée en 3 kg ou 200 g
La récolte, assez simple, est ensuite conditionnée en 3 kg ou 200 g.

Trois couleurs

Conditionnés en plateau de 3 kg ou par 200 grammes, les petits poivrons mesurent entre 5 et 9 cm. « Les trois couleurs sont toujours présentées dans l’emballage, pour un bon effet visuel. Ce choix est aussi contraignant au niveau de la production, sachant que le mini-poivron rouge produit deux fois moins vite que les autres. Une vente en vrac ou par couleur déstabiliserait toute notre organisation, et nous ne serions pas toujours à même de répondre avec une couleur spécifique. » Un mini-poivron vert existe, c’est en fait un fruit récolté avant maturité. Il n’apporte cependant pas de nouveauté gustative par rapport à un poivron standard.

Répondre aux évolutions réglementaires avec le marketing

La loi de transition énergétique interdira à partir de 2016 les sacs à usage unique, sauf les sacs biosourcés et compostables. « Chaque producteur doit être conscient de ce changement. Les sacs plastiques coûtent aux GMS pour l’emballage des fruits et légumes. À nous de trouver les conditionnements qui assureront la fraîcheur des produits, la bonne portion avec des atouts marketing. »

Une organisation spécifique

Se diversifier dans sa production demande souvent une organisation à part entière. « Je cherche toujours à travailler des produits haut de gamme, car les consommateurs sont demandeurs de qualité et de variétés. J’ai choisi de sortir en partie d’un marché de masse avec des marchandises ultra concurrencées par les pays méditerranéens, comme l’Espagne, ou les Pays-Bas qui engendrent des prix bas, comme la tomate grappe, vrac ou cerise. Il faut dans son entreprise accepter des organisations spécifiques à la culture et ne pas avoir peur de remettre en cause le travail. Coup de chance, le mini-poivron demande moins de main-d’œuvre que la tomate. Cela fait maintenant 6 ans que nous travaillons sur ce créneau, ce qui est long. Je reste toutefois persuadé que le produit va marcher. Il faut garder un temps d’avance. C’est pourquoi je travaille encore et toujours sur d’autres variétés et espèces qui sont différentes et qui ont des qualités gustatives. Ce travail me passionne et a un autre avantage : il évite la routine », conclut-il. Sécuriser son revenu, en recherchant une plus-value sur des produits atypiques peut être une piste à développer pour sécuriser son revenu. Fanch Paranthoën

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