
Les organisations agricoles ne veulent pas nier certains effets du développement rapide des productions agricoles, mais pas question d’endosser toute la responsabilité, et surtout de laisser dire que les agriculteurs n’ont rien fait pour améliorer leurs pratiques, maîtriser et réduire les volumes de déjections … « L’environnement est une dimension bien intégrée par les agriculteurs bretons » rappelle Jacques Jaouen, le président de la Chambre régionale. Soulignant que « les erreurs ont été plus, par méconnaissance que par volonté délibérée de porter atteinte à l’environnement ».
« D’ailleurs, explique Jean-Pierre Le Bihan, responsable environnement, l’agriculture évolue dans un contexte réglementaire particulièrement important ». Il cite les permis et autorisations d’exploiter, la directive nitrates, les programmes de résorption (450 stations en Bretagne) , la conditionnalité Pac … ».
Un arsenal réglementaire, mais aussi des actions volontaires mises en œuvre depuis bientôt vingt ans dans lesquelles les éleveurs se sont largement engagés. Il s’agit des PMPOA mobilisant plus d’un milliard d’euros, essentiellement par les agriculteurs eux-mêmes (70 % des sommes), des actions sur les bassins versants qui couvrent une grande partie du territoire régional et de l’engagement des agriculteurs sur les mesures agro environnementales (MAE).
Des chiffres qui parlent
« Toutes ces démarches n’ont pas été vaines, contrairement à ce que veulent faire croire nos détracteurs », martèle Jean-Pierre Le Bihan. Il s’appuie sur les chiffres de l’évaluation du programme d’action de la 3e directives nitrates : baisse des achats d’engrais de 20 % pour l’azote entre 1998 et 2007, moins 35 % pour le phosphore entre 2003 et 2007. Parallèlement du fait de la diminution des cheptels, la production d’azote organique a elle aussi diminué de 7,5 %. D’autres mesures ont contribué à améliorer la situation : les bandes enherbées, la couverture des sols en hiver, les matériels d’épandage mieux adaptés.
Cela se traduit également, et c’est là le plus important, par une nette amélioration de la qualité de l’eau. « C’est dans l’Ouest de la France que la teneur en nitrates des eaux de surface a le plus fortement diminué ». De même, l’indicateur nitrate diminue de 12,7 mg par litre dans les cantons en zone vulnérable. Ils sont essentiellement situés à l’Ouest de la France. Les estimations des teneurs en nitrates dans les eaux souterraines montrent également une tendance favorable sur la Région.
Une action partagée à poursuivre
Les responsables sont cependant conscients qu’il reste du chemin à parcourir. Mais rappelle que l’échouage des algues vertes ne peut exclusivement être imputée à l’activité agricole . « La configuration de certains secteurs dans des zones peu profondes, avec une forte luminosité, combinée avec une richesse du milieu en phosphore et les flux d’azote, favorise le phénomène », note Yves-Marie Beaudet, responsable environnement à la FRSEA. Par ailleurs les activités industrielles et les assainissements collectifs ou individuels pas toujours bien maîtrisés sont aussi des sources d’apports d’azote et de phosphore.
« La responsabilité est donc partagée. L’action doit l’être également à la fois au niveau préventif et curatif », insistent les responsables. De nouveau, ils demandent un engagement fort dans le ramassage des algues en mer, notamment en hiver. Une pratique développée avec succès par ailleurs dans le monde.
Ils soulignent que malgré les crises qui secouent les productions agricoles, « les agriculteurs bretons restent ouverts au dialogue ». La profession décline 4 axes : “un engagement à être force de propositions dans les bassins versants, un travail sur un objectif de résultats et non de moyens, la valorisation des algues fraîches ramassées, le renforcement des actions de la recherche appliquée pour faire évoluer les pratiques agricoles”. Des intentions qu’il faudra cependant concrétiser rapidement, car la pression monte. Et d’aucuns craignent que la mission interministérielle sur les algues vertes soit tentée de donner un tour de vis supplémentaire. Ce ne serait pas bon pour le moral des agriculteurs.
Pierre Dénès
Photo : Les responsables agricoles bretons réagissent après plusieurs semaines de mise en cause de la profession sur le dossier des algues vertes. De gauche à droite : Georges Galardon, Coop de France, Michel Bloc’h, UGPVB, Jacques Jaouen, président de la Chambre régionale, Jean-Pierre Le Bihan, responsable environnement des Chambres, Yves –Marie Beaudet, FRSEA et Sébastien Fesnoux Jeunes Agriculteurs Bretagne.