
Ils vous le diront d'eux-mêmes : en bio, il ne faut pas espérer avoir 0 % de perte. Ainsi, Christophe Saffray (Piré / Seiche, 35) expliquait-il, vendredi 9, lors d'une conférence organisée par Agrobio 35 au salon de Guichen : "dans ma rotation, j'intègre environ 6 cultures (blé, triticale, orge, engrais vert – radis fourrager, maïs grain, féverole), toutes binables, dans l'objectif d'atteindre un équilibre entre cultures d'hiver et de printemps, et de répartir les risques, même si je m'accorde 10 % de perte". Les rendements, plus qu'en conventionnels, sont très variables : pour sa part Christophe Saffray obtient des scores de 35 à 70 quintaux en blé et en triticale, 0 à 55 en féverole, 45 à 80 en maïs et 0 à 40 en pois. Le tout avec un apport de fumier intervenant au minimum tous les deux ans.
Délicats mélanges
Pour favoriser l'autonomie alimentaire, prônée en bio, et pour allonger ses rotations, Antoine Herbert producteur de lait à Châteaubourg (35), a pour sa part recours à 8 ha de mélange céréalier (à base de triticale et de pois fourrager) sur 70 ha cultivables (comprenant blé, lupin, maïs, avoine, prairies temporaires et permanentes). Si le système a l'avantage d'offrir une alimentation variée, il a l'inconvénient de présenter des difficultés techniques, vu le nombre d'interventions nécessaires sur de petites surfaces. Mais c'est le prix de l'autonomie.
"Nous semons toutes les espèces, en même temps et à la même profondeur, vers le 20 – 30 octobre, explique l'éleveur. Le mélange est souvent implanté après blé. Nous déchaumons (au cultivateur, avec éventuellement un roulage en complément) dès que la paille est pressée. Puis nous repassons avec un outil en superficiel, parfois 2 – 3 fois en fonction des mauvaises herbes." L'éleveur opte pour un labour peu profond avant semis à la herse rotative – semoir. Par la suite, le désherbage est effectué à l'aide de la herse étrille, au printemps, en un passage. La récolte du mélange, enfin, est réalisée pour toutes les espèces en même temps, environ 10 jours après la moisson du blé. Quant à l'utilisation du mélange, il est servi, aplati, aux vaches laitières.
Mauvaises herbes : gérer tôt
Thierry Bonnier (Pouancé, 49), de son côté, ne cultive pas de mélange sur son exploitation 100 % cultures (céréales et oléagineux) de 85 ha. Sur ses sols limono argileux et limono sableux, et dans conditions climatiques similaires à celles du sud Bretagne, il cultive moutarde, seigle, sarrasin, tournesol, avoine blanche, lin, épeautre, blé et féverole. Fait rare en bio, il ne laboure pas. Il n'utilise que des outils non animés (cover crop, outils à dents). Entre chaque culture, un engrais vert intervient pour limiter les problèmes d'enherbement. Entre blé et céréale, il opte pour du trèfle d'Alexandrie, garant d'apport d'azote. Après céréale, un déchaumage léger est pratiqué, avant semis sous couvert végétal. Pour limiter les chardons, il opte pour des mélanges d'espèces. "L'objectif est d'avoir un sol couvert, en sortie d'hiver, avec des cultures que l'on a choisies. La gestion des mauvaises herbes, ça s'envisage avant mars – avril", glisse-t-il.
Pour David Roy, technicien à Agrobio 35, les thèmes des rotations céréalières et de l'apport d'azote en bio nécessitent d'être creusés même si les références se font petit à petit plus nombreuses. Alterner cultures d'hiver et de printemps, commencer par les cultures les moins couvrantes pour finir par les plus couvrantes, faire des faux semis… telles sont quelques clés.
Anne-Laure Lussou
Photo : Les rotations sont à étudier de près. (ici parcelle de triticale féverole).