
En viande bovine, les modifications de la Pac affecteront surtout l'engraissement de jeunes bovins, en 2010. C'est ce qui ressort des simultations réalisées par Luc Mangelinck, de CerFrance Ille-et-Vilaine. Un premier exemple associe production laitière (310 000 L) et engraissement de 50 jeunes bovins par an, achetés en broutards, pour une surface de 61 ha. Plusieurs éléments influent sur le montant : l'arrêt des aides couplées céréales et PAB, le transfert partiel vers les DPU, le prélèvement de 5 % (article 68) et l'incidence de la modulation (10 % en 2012 au lieu de de 7 % en 2009). "Dans cet exemple, les aides baisseraient de 1920 euros/an. La perte est d'autant plus importante que le système est intensif", souligne Luc Mangelinck.
Stabilité en vaches allaitantes
Le deuxième cas concerne un troupeau de 61 vaches allaitantes naisseur-engraisseur avec 71 ha. "Le même type de simulation (arrêt des aides couplées, transfert en DPU, prélèvement de 5 % et modulation supplémentaire) fait baisser le montant global des aides de 840 euros/an". L'essentiel de la perte est lié à l'engraissement des jeunes bovins. On note, dans cet exemple, le maintien de la prime vache allaitante et une compensation partielle des pertes par l'octroi de DPU herbe. "Dans le troisième exemple (49 vaches allaitantes en système naisseur sur 57 ha), les modifications des aides Pac n'entraînent pas de baisse, la situation est équilibrée".
"Avec le découplage total des aides pour l'engraissement, le raisonnement devient essentiellement économique", déclare Luc Mangelinck. L'éleveur peut valoriser ses hectares soit en maïs fourrage transformé en jeunes bovins, soit en céréales. "La bonne démarche consiste à calculer la marge directe jeune bovin en tenant compte des produits, des charges opérationnelles et des charges de structure, y compris l'entretien de bâtiment, l'eau, les assurances, les frais financiers. Cette marge pourra être comparée à celle obtenue en céréales". Il faut, bien entendu, prendre en compte le temps passé.
Calculer à chaque lot
Un éleveur qui aurait des installations amorties pourra remplir plus facilement ses bâtiments, en comparant dans un budget prévisionnel, le prix de vente espéré du kg de viande par rapport au prix d'achat du broutard et au coût du kg de croît. "S'il s'agit pour l'éleveur de créer cette activité ou d'investir dans un bâtiment, l'enjeu de l'engraissement devient plus difficile".
L'activité veaux de boucherie va également souffrir d'une baisse des aides. La prime couplée (50 euros par veau) représente 20 000 euros par an pour un atelier de 200 places (2 lots/an). Cette prime sera incluse dans les DPU pour 87 % de sa valeur. Avec la modulation, la perte pourrait approcher 3 000 euros. La rémunération de la production était liée à la répartition de cette prime d'où les interrogations des producteurs.
Patrick Bégos
Des questions en suspens
Comment vont être notifiés ces DPU supplémentaires ? Comment seront pris en compte les événements survenus depuis mai 2008, notamment les agrandissements, les changements de structure, les installations de jeunes agriculteurs ? Quelles seront les modalités d'attribution des compléments de DPU ? Seront-ils plafonnés, au niveau départemental ? Quel sera le niveau du stabilisateur ? Ce sont autant de questions en suspens qui nécessitent réponse avant avril 2010.