
Pouvoir dire aux clients qui viennent acheter la viande, sur l'exploitation, que nous produisons 100 % de l'alimentation, c'est un très gros plus", atteste Thierry Le Vot. Installé à Plougasnou (29), il a commencé à engraisser des jeunes bovins Charolais il y a deux ans. 16 mères Charolaises étaient déjà présentes au préalable sur l'exploitation, dont l'activité principale reste la ferme équestre (pas de cours, uniquement des balades). Une activité qui permet à l'éleveur de se faire connaître pour la vente directe : sans publicité, 3 JB sur 15 ont pu être commercialisés par cette voie l'année dernière. Avec pour seul intermédiaire, dans cette démarche, un boucher du secteur. Les portions proposées à la vente sont des caissettes d'environ 14 kg de viande congelée (11 euros / kg) contenant un assortiment de pièces.
Du colza maison
Pour l'alimentation de ses JB, Thierry Le Vot a très rapidement opté pour du tourteau de colza fermier, en complément du maïs à volonté et de farine de blé. "L'idée m'est venue en voyant un éleveur de Guimaec le faire, explique-t-il. J'ai été intéressé par l'aspect double valorisation du colza, par le tourteau et par l'huile, compte tenu du prix toujours plus élevé du gasoil." En a suivi l'implantation d'un ha de colza la première année, puis de 3 ha depuis. À la clé la production d'environ une tonne d'huile et 2 t de tourteau par ha. Un tourteau apporté, dès le début de l'engraissement, aux JB (à la quantité d'1,2 kg). "Au départ, ils sont surpris. Mais très rapidement, ils apprécient. Le produit est appétant", assure l'éleveur, qui en donne également à petite dose à ses vaches allaitantes. Ayant pratiqué, au tout départ, l'apport de tourteau de soja aux JB, il assure qu'il n'y a pas de différence de performance (ce que montre aussi une étude de la ferme expérimentale des Établières en Vendée). Poids de départ des animaux : 750 kg, conformation U, pour un âge pouvant aller jusque 20 – 22 mois.
Fonctionnement rôdé
Désormais, le colza, revenant tous les 5 ans, a trouvé sa place dans l'assolement. "Hormis l'étape de la récolte, qu'il faut réaliser impérativement dans de bonnes conditions, l'itinéraire de la culture n'est pas plus compliqué que celui d'une céréale", témoigne le producteur. Sur l'exploitation, seule la récolte (15 juillet) est réalisée par ETA. Le colza est ensuite séché et conservé au sein d'une entreprise spécialisée de Plouvorn. Enfin, deux fois par an (octobre et janvier), l'éleveur en récupère pour presser sur son exploitation à l'aide de la presse mobile de la Cuma Innov'22. Une cadence qui lui permet de ne pas trop stocker de tourteau chez lui, afin d'éviter tout risque de pourrissement. "La presse tourne à environ 100 kg de graines pressées par h et, si besoin, elle peut fonctionner 24 h / 24. C'est très rapide", indique l'intéressé, pleinement satisfait de la prestation.
Du bonus
Se servant de la paille de colza pour litière, et de l'huile à 30 % comme carburant, Thierry Le Vot maximise l'utilisation du colza. En conséquence, malgré l'intervention de deux intermédiaires pour le séchage – stockage et le pressage de la culture, il y gagne. "Même s'il pourrait être encore plus intéressant, à l'avenir, d'envisager un système d’unité mobile de séchage, c'est intéressant", confirme-t-il.
Anne-Laure Lussou
Photo : Thierry Le Vot (ici avec son fils Florian) optimise sa marge viande en produisant l'alimentation lui-même et en vendant une partie de sa production en direct.
Un tourteau à 12 % de MG
Le tourteau de colza employé sur l'exploitation de Thierry Le Vot comprend environ 12 % de matière grasse (MG) résiduelle, ce qui correspond à un tourteau haut de gamme grâce à la bonne combinaison des facteurs matériel de pressage, réglage de la presse, conditions ambiantes (température) de pressage. Avant d'utiliser la presse, une formation est assurée, par secteur, par la Cuma Innov'22. Cette dernière compte aujourd'hui 30 adhérents (du 22 et du 29) : 88 ha ont été pressés en 2007, 175 en 2008.