
À 700 euros la tonne de soja, mieux vaut s'en passer". Yves Le Jeune, en production biologique depuis 18 ans, est toujours en quête de la solution idéale pour complémenter la ration de ses porcs charcutiers. Une ration à base de maïs grain humide (40%) et de mélange céréalier (28%). "Le tourteau de colza donne satisfaction. Le problème c'est que la culture est très salissante". Le rumex s'implante rapidement. Le bénéfice des 30 quintaux à l'hectare, de la richesse du tourteau en protéine et de l'utilisation de l'huile pour la carburation s'estompe rapidement. "J'essaie, cette année, un semis en rang à 70 centimètres d'intervalles pour pouvoir biner. Si ce n'est pas satisfaisant, j'arrêterai la culture". La féverolle entre pour 17% dans la ration et suppléé le tourteau de colza (12%).
82 euros le porcelet
Cette maîtrise de l'équilibre nutritionnel par des aliments produits sur l'exploitation est un impératif économique. "La tonne d'aliment charcutier revient à 280 euros. Si je devais incorporer du soja dans l'aliment croissance, il reviendrait à plus de 300 euros la tonne". La peur du scandale alimentaire (achat de produits non bio) a poussé les éleveurs à viser l'autonomie alimentaire. "Jusqu'en 2007, nous étions naisseurs engraisseurs. De 60 truies, nous étions déjà passés à 25, avant de cesser le naissage, trop gourmand en temps de travail. Je ne voulais plus avoir une maternité en plein air".
Aujourd'hui, les porcelets sont achetés à 6 semaines à 82 euros, chez un éleveur bio du Finistère. Le prix à payer pour être un peu plus tranquille. Par lots de 25, ils sont élevés en post sevrage pendant 3 semaines à l'aliment du commerce. Les pertes sont rares. "Il faut être vigilant au moment des transitions alimentaires, notamment lors de l'incorporation de nouvelles céréales". Les problèmes de toux sont soignés par homéopathie. Un traitement vermifuge est toléré par la réglementation. L'état sanitaire maîtrisé permet de valoriser des porcs de 7,5 mois à 90 kilos de carcasse au prix de 340 €, (58 de TMP; 3,70 d'indice de consommation). 10% des charcutiers sont vendus en direct à des clients qui achètent (de la viande) des bœufs issue de l'atelier bovin. Quid de la rentabilité économique de l'exploitation ? "L'EBE atteint, en moyenne, 70 000 euros chaque année". Pour 1,5 UTH, et compte tenu de la maîtrise des investissements…
Bernard Laurent
Photo : Yves Le Jeune, à gauche, accueillait des visiteurs lors d'une réunion organisée par Inter Bio Bretagne. Catherine Calvar, de la Chambre d'agriculture, est intervenue sur les aspects techniques.
20 à 25 hectares valorisés par les porcs sur l'exploitation
L'exploitation des époux Le Jeune compte 85 hectares de SAU. Les deux tiers de la surface sont en herbe, consacrés à l'élevage naisseur engraisseur de 40 vaches Limousines. Le reste est en cultures. Plus d'une vingtaine d'hectares sont valorisés par les porcs. Une dizaine d'hectares est consacrée aux cultures de vente pour la consommation humaine. La partie porc compte une douzaine d'hectares de mélange céréalier avec 10% de pois, 5 hectares de maïs, 5 hectares de féverolle, 1,5 hectare de colza. L'équilibre de la ration en protéine n'est pas le seul souci de la production en porc bio. La conduite de la reproduction n'est pas évidente à maîtriser en élevage naisseur (perte sous la mère en élevage plein-air et conduite en bandes difficile à respecter). Les diarrhées en post sevrage peuvent être pénalisantes. Les porcelets n'ont pas d'aliment 1er âge car ils sont sevrés à 6 semaines (difficulté d'alimenter des porcelets en plein-air). La transition au sevrage peut être problématique.