
Toucher au plus haut dans l'échelon politique. C'est dans ce but que la FDSEA et les JA avaient convié, lundi 5 sur l'exploitation (lait + porc) de Joël et Simon Le Badézet, des personnalités politiques du département. Objectif : leur présenter en détail les doléances du terrain, dans ce contexte de crises, et dans la perspective de la mobilisation nationale du 16 octobre. "Nous sommes satisfaits de la mobilisation des politiques", s'exprimait Laurent Kerlir, président FDSEA, à l'issue de la rencontre. S'étaient déplacés les députés Jacques Le Nay, Michel Grall et Gérard Lorgeoux, la suppléante de François Goulard Josiane Boyce ainsi que le conseiller général Noël Le Loir. Des politiques qui auront pu, grâce à la présentation du cas concret de l'exploitation, prendre la mesure de la situation. Et, peut-être, s'impliquer en conséquence lors des débats sur la future Loi de modernisation agricole (LMA).
- 30 000 euros sur le revenu
Produisant du lait (350 000 l) et des porcs (140 truies NE), la famille Le Badézet n'a pas le loisir de pouvoir s'appuyer sur une production plus bénéficiaire qu'une autre en ce moment. "En porc, le prix de vente de 9 centimes plus faible en 2009 a entraîné une baisse de 24 300 euros de notre revenu. En lait, la baisse de 80 euros les 1000 l en 2009 l'a fait baisser de 30 200 euros. Chez Entremont, la baisse est de 15 000 euros supérieure !" a listé Simon Le Badézet, installé depuis 2002 avec son père. En résulte, sur l'exploitation, un résultat courant négatif en 2008, le déficit s'annonçant supérieur en 2009. "Les prix actuels ne nous rémunèrent pas. Vu le nombre d'heures que nous travaillons, nous devrions pouvoir prélever 30 000 euros chacun, ou embaucher un salarié. Or, l'un comme l'autre est totalement impossible", a poursuivi le JA.
Court terme : année blanche
Pour la FDSEA, la première des mesures qui s'imposent, dans ce contexte, est la fameuse année blanche consistant en un report du capital en fin de tableau avec prise en charge des intérêts générés par l'opération. Une demande sur laquelle les JA, en particulier, sont insistants. "Cette mesure est urgente", a martelé leur président Nicolas Chesnin, suggérant par ailleurs la mise en place de mesures d'accompagnement pour ceux qui devraient arrêter la production. Dans la suite des mesures réclamées par les syndicats : l'extension du remboursement de la TIPP au 2ème trimestre 2009, un accompagnement pour la prise en charge des cotisations sociales du dernier appel 2009 et celles de 2010, des aides à la modernisation des exploitations notamment sur la problématique énergétique (le PPE s'avérant insuffisant), mais aussi des efforts d'harmonisation européenne des réglementations environnementale, sociale, fiscale, bancaire... Autre réclamation : que le cadre ICPE soit adapté et simplifié en tenant compte de l'existence des autres réglementations. "Chez nous il faut 5 ans pour qu'un dossier sorte. Ailleurs dans l'UE, c'est 6 mois", a expliqué Thierry Coué, pour la section porcine FDSEA.
Long terme : les OP
Pour les mesures de long terme, c'est sur les OP et les AOP que les deux syndicats ont voulu mettre l'accent, afin que ces outils soient rendus possible dans la future LMA. "Quant aux contrats, qui n'arrivent qu'ensuite au rang de nos préoccupations, nous les voulons collectifs via les OP et AOP. La contractualisation est à encadrer par des critères définis au sein de chaque filière en interprofession et en se référant à des indicateurs de marché concrets", a indiqué Laurent Kerlir. Un ensemble de demandes auxquelles les politiques présents ont répondu en assurant les producteurs de leur soutien. "Il est hors de question que l'on laisse tomber les filières en difficulté", a par exemple réagi Michel Grall, évoquant une réunion à venir avec le préfet de Région.
Anne-Laure Lussou
Photo : Les députés Jacques Le Nay et Michel Grall face à Joël Le Badézet, Nicolas Chesnin, Simon Le Badézet et Laurent Kerlir.
"Ces jeunes que nous installons, il faut les accompagner"
Il est excédé, Joël Le Badézet. "Certes il y a pire que nous, mais en 26 ans de métier, on n'a jamais vu une telle situation ! Sur l'exploitation nous avons fait des efforts (arrêt des achats d'aliments d'extérieurs, d'ammonitrate, etc.) mais ça ne suffit pas." Un découragement d'autant plus accentué que deux des enfants de l'éleveur ont choisi la voie agricole. "Ces jeunes que nous installons, il faut les accompagner. Mon autre fils s'est installé récemment en porc : il n'a jamais connu un cours favorable..."