
Au moment où se réunissaient lundi 5 octobre à Bruxelles les ministres de l’Agriculture de l’Union européenne, pour un résultat que l’on sait depuis avoir été plus que décevant, les agricultrices FDSEA/JA des Côtes d’Armor avaient invité les élus des collectivités locales, les parlementaires et les représentants des organisations à un rassemblement. Il s’est déroulé au lycée de la Ville Davy à Quessoy, en présence des responsables locaux. Les jeunes de l’établissement avaient également été conviés.
Sans doute un peu précipité, le rassemblement aurait pu espérer une participation un peu plus soutenue. Seulement quelques élus et responsables d’organisations économiques étaient présents.
“Nous avons souhaité vous réunir à La Ville Davy pour tirer la sonnette d'alarme”, soulignait d’emblée Chantal Bévillon, responsable de la commission agricultrices de la FDSEA. « Car nous vivons une crise économique sans précédent et il est inconcevable que cette situation perdure”.
Solidarité, il faut passer aux actes
Elle s’interroge : “Comment puis-je accepter d'aller chaque matin sur mon exploitation produire des denrées d’une qualité irréprochable pour mes concitoyens, et en même temps ne pas être sûre de pouvoir nourrir mes propres enfants ? ”. Une interpellation à la fois à l’adresse des organisations agricoles et des élus politiques.
Elle demande aux organisations de faire un effort pour atténuer les charges. “La solidarité, c'est un mot que beaucoup de responsables professionnels, de présidents, de techniciens ont largement utilisé ces derniers temps. Alors, maintenant, il faut passer aux actes”. Avec une mise en garde pour les entreprises agro-alimentaires “ Aujourd’hui c’est l’agriculture qui est mise à mal mais demain si nous ne sommes plus là ce sont vos entreprises qui tomberont et faut-il vous rappeler qu'une exploitation agricole génère près de 10 emplois salariés ».
Les politiques ne sont pas épargnés. Ils ont été invités à s’adresser aux jeunes pour leur dire quel avenir, il leur réservait. “Ils croient encore que l’agriculture à un avenir, ce sont les futurs agricultrices et agriculteurs. Un rêve, ou encore, et pour combien de temps une réalité ? Qu’avez-vous à leur dire ? Quelles perspectives leur donnez-vous ?”
Excédée par les crises dans toutes les productions, Chantal Bévillon conclut : “Avant de nous demander de nourrir les habitants de la planète, commençons déjà par dégager des revenus pour nos agriculteurs qu'ils puissent eux aussi vivre”.
Pas le droit d’être pessimistes
Au nom des jeunes agricultrices, Sandrine Allain a demandé du soutien : “Les jeunes ont beaucoup investi. Nous avons besoin de vous pour nous aider à passer ce cap très difficile ».
Patrice Binet,vice-président des Jeunes Agriculteurs a conclu le rassemblement en appelant tous les politiques, quel que soit leur niveau à s’impliquer. Pas tendre avec ceux qui « veulent laisser croire que le modèle breton est une catastrophe ».
Il a invité les jeunes, énergie de demain, a prendre modèle sur les anciens exploitants nombreux dans la salle. « Ils ne se sont pas demandés ce que les autres pouvaient faire pour eux. Nous n’avons pas le droit d’être pessimistes. Notre région a des atouts pour s’en sortir plus vite et plus forte que d’autres ».
Pierre Dénès
Photo : Elus et responsables d’organisations avaient été conviés à ce rassemblement initié par les agricultrices.
Les réactions
Appelés à intervenir, les élus et les représentants des organisations économiques ont plus exprimé des points de vue que donner des solutions qu’ils n’avaient pas.
Marc Le Fur, député, a expliqué le travail du ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, sur le rapprochement des positions des différents pays, ou encore sur le dossier d’Entremont Alliance. Il a tenté de positiver face à un auditoire plutôt morose. Il y a eu d’autres épreuves. Sachons rester positifs et croire en de meilleures périodes ». Persuadé que la région a des atouts pour s’en sortir.
Guy Dartois, président de Cooperl Arc Atlantique, exprime la solidarité du monde économique avec les éleveurs. « Nous avons mis du temps à constituer des filières et n’avons aucune envie de délocaliser ». Pour lui il ne fait aucun doute que la régulation est indispensable. Il plaide pour « des espaces économiques cohérents au niveau de la planète avec les mêmes contraintes ». Dénonçant ainsi les distorsions de concurrence sur le plan monétaire, social, environnemental …, et très préoccupé par l’emploi. « Nous risquons de souffrir longtemps à ce niveau ».
Georges Galardon, président-adjoint de Coopagri Bretagne appelle les Pouvoirs publics à donner un bol d’oxygène aux éleveurs, au travers d’une année blanche (reports de charges). Il estime à 600 millions d’euros la perte de chiffres d’affaires pour 3 productions principales : lait, porc, céréales. Et fustige ceux qui tentent de diviser la profession ainsi que l’Union européenne. « Mariann Fischer Boël se permet de déclarer avant même la réunion des ministres que c’était une réunion pour rien ». Rappelant aussi aux pouvoirs publics français qu’ils doivent prendre leurs responsabilités pour aider les filières et non alourdir « la barque » en instaurant de nouvelles taxes (taxe Borloo ou taxe carbone).