
Alors que la majorité des tonnages bretons d'artichauts sont passés au cadran (20 200 t en Camus, 12,9 millions de têtes en Castel et 34,3 millions de têtes en petits artichauts), les producteurs dressent un bilan morose de la campagne en cours. La perte globale de chiffre d'affaires net avoisine 16% pour le moment. "La campagne a démarré à la mi-mai avec des apports importants dès le début de saison : les prix ne se sont pas longtemps maintenus. Seule une semaine a été bonne en juillet", détaille Paul Le Dantec, producteur à Pleubian (22) et président de la commission artichauts de l'UCPT. "Même en Petit Violet, les prix n'ont pas été satisfaisants. Alors que les 10 années précédant 2007 avaient été favorables, nous atteignons un maximum en termes de quantités", pense le producteur. "Les équilibres sont fragiles dans nos productions légumières".
Des cultures en place 4 à 5 ans
Installé sur la commune de Pleubian (22), Paul Le Dantec cultive 22 ha d'artichauts, 25 ha de chou-fleur, 1,5 ha de Romanesco et 3 ha de pommes de terre primeur. L'exploitation fonctionne avec deux associés (Paul Le Dantec et son fils en Gaec) et deux salariés permanents. Les surfaces en artichauts sont majoritairement implantées en Camus (17 ha, dont 7 ha de drageons). Le Castel s'étend sur 4 ha et le Petit Violet sur 1 ha. "Nous essayons de garder les cultures en place pendant 4 ans, voire 5 ans, pour obtenir des rendements et de la précocité".
La dédrageonneuse passe trois fois sur les parcelles entre deux campagnes, avec un effet désherbage en plus du retrait des repousses. C'est au milieu des années 90 que l'exploitant a acquis sa première machine (remplacée en 2002). Malgré son coût (15 000 euros environ, plus des frais d'entretien assez élevés), "c'est un outil intéressant économiquement qui permet de réduire la pénibilité du travail". Sur l'exploitation Le Dantec, des passages à la main sont réalisés pour affiner l'entretien des plants. Sur les cultures en troisième année, récoltées de fin mai à début juin, les producteurs obtiennent des rendements de 12 à 13 t/ha.
Le désherbage des parcelles est également réalisé par binage. Mais sur drageons, le problème de maîtrise des adventices subsiste depuis le retrait du Patoran. "Les produits phytosanitaires proposés en autorisation provisoire de vente (APV) n'ont pas été satisfaisants", précise P. Le Dantec. Le mildiou est aussi un problème récurrent en artichaut. "Les firmes phytosanitaires ne sont pas toujours intéressées par nos cultures de petite dimension. Il leur faut monter des dossiers d'homologation coûteux pour des marchés qui demeurent limités".
Le producteur rappelle l'intérêt du Petit Violet qui a permis de limiter la baisse des surfaces bretonnes en artichauts. "Alors que le Camus et le Castel sont orientés sur le marché français, le Violet trouve un débouché intéressant en Italie au moment où la production locale ne nous concurrence pas". Le conditionnement en poivrade (bouquet) est par ailleurs devenu un créneau de vente significatif (12 millions de têtes sur les 35 millions produites en Violet en 2009).
Agnès Cussonneau
Photo : Paul Le Dantec dans une parcelle de Petits Violets.