
Pourquoi ne pas récupérer les calories de l'air sortant pour réchauffer l'air entrant et réduire ainsi la consommation de gaz dans les poulaillers ? ". Pour vérifier la faisabilité et l'intérêt d'une telle démarche, des travaux ont été menés par les Chambres d'Agriculture de Bretagne et Pays de la Loire, l'Itavi et l'entreprise Systel. Trois élevages ont été suivis en Bretagne et Pays de la Loire, depuis début 2008.
Une meilleure ambiance
Daniel Coadou, éleveur à Plogonnec (29), a testé les récupérateurs de chaleur depuis avril 2008. L'essai a porté sur 2 bâtiments Louisiane identiques (1992 et 1996) de 1 200 m2 produisant des poulets export pour la société Doux. L'apport de chaleur est réalisé par 26 radiants régulables de 5 000 W sur une litière de paille broyée (4 kg/m2). Deux prototypes d'échangeurs ont été installés, en fonctionnement progressif (pilotage par variateur de fréquence).
"Je mets en route les échangeurs, en fonctionnement progressif, à partir de J4, en me calant sur 20 % au départ pour atteindre 100 % vers J17", explique Daniel Coadou. "L'ambiance est meilleure, la litière plus facile à tenir et le taux d'hygrométrie a baissé de 10 points dans le bâtiment test". Les échangeurs ont permis une augmentation de la température de 2 à 3 °C par rapport à la consigne. Dans son bâtiment statique, l'éleveur arrive ainsi à un meilleur compromis entre chauffage et ouverture.
20 % d'économie de gaz
"L'élevage est faible consommateur de propane, par rapport aux références de l'Enquête avicole (- 46,5 %)", explique Christian Nicolas, conseiller à la Chambre d'Agriculture 29. "Malgré tout, les observations sur 1 an ont permis de constater une baisse de 20 % de la consommation de gaz, soit un gain de 1,125 t pour 1 200 m2. À 650 euros la tonne, cela représente une économie de 730 euros, desquels il faut déduire 250 euros de consommation électrique supplémentaire, soit un gain net de 480 euros/an".
Plus de marge PA
C'est au niveau des résultats techniques que le gain a été le plus net. "Grâce à l'amélioration de l'indice de consommation de 0,03 point, la marge PA a progressé de 0,79 euro/m2/lot, dans le bâtiment test, soit 948 euros/lot". Avec une rotation de 7 lots/an, le gain annuel serait de 6 600 euros pour 1 200 m2. Au total, l'économie de gaz et le gain de marge PA ont été évalués à plus de 7 000 euros/an.
Le matériel testé est un prototype qui est maintenant commercialisé par la société Systel, après quelques modifications. Le coût de l'investissement pour 2 appareils peut être évalué entre 12 000 euros (en tout ou rien) et 15 000 euros (en progressif). Le retour sur investissement serait donc de l'ordre de 2,5 ans.
L'échangeur-récupérateur permet d'améliorer l'ambiance et le bien-être des poussins tout en réduisant les coûts de production. "C'est une bonne démarche mais ce n'est pas une solution miracle qui va régler tous les problèmes d'ambiance", déclare Serge le Pottier, responsable technique de Doux. "Avant d'investir, il faut faire le point sur la conduite des lots et hiérarchiser les priorités, par exemple l'étanchéité, l'isolation, le chauffage". Dans la plupart des élevages, il existe des marges de progrès, notamment dans l'étalonnage et le réglage des matériels comme les sondes, les vannes motorisées.
Patrick Bégos
Photo : Daniel Coadou (à droite) et Christian Nicolas devant le prototype d'échangeur de chaleur.
Comment ça marche ?
En phase de démarrage, le renouvellement d'air minimum sert à évacuer l'humidité et les gaz (0,5 m3/h/kg vif). Cette opération refroidit l'ambiance et le chauffage est sollicité pour remonter la température. L'utilisation d'un système de récupération par échangeur à plaques permet de limiter les déperditions d'énergie en réchauffant l'air extérieur avant de l'introduire dans le bâtiment. L'air intérieur, chaud et humide, est aspiré par un ventilateur, il traverse le bloc de l'échangeur avant d'être rejeté à l'extérieur du poulailler. L'air extérieur, froid et sec, aspiré par un autre ventilateur passe en flux croisé dans le bloc échangeur sans être en contact avec l'air vicié avant d'être introduit dans le bâtiment. Pour une température intérieure de 30 °C, une température extérieure à 2 °C, l'air entrant peut être réchauffé à 18 °C. L'efficacité dépend de la surface d'échange, de la vitesse de passage de l'air, de la conductivité des matériaux des plaques. Il existe plusieurs types d'appareils : Systel, Del-air, Agro Supply, Plettenburg.
Quatre rendez-vous "Energie Volailles"
Quatre portes ouvertes sont organisées par les Chambres d'Agriculture de Bretagne et Pays de la Loire, l'ITAVI, les structures de production et les équipementiers, de 14 h à 17 h. Au programme : interventions techniques sur les économies d'énergie, témoignages d'éleveurs, échanges, exposition et démonstration de matériel, thermographie infrarouge par EDF. Les thèmes abordés concerneront les références de consommation, l'isolation et les principaux leviers d'action, les chaudières à biomasse, la récupération de chaleur.
- 21 octobre chez Stéphane Dahirel à Lanouée (56). Installation en avril 2009 de 3 échangeurs de 5 000 m3/h sur un bâtiment Colorado bétonné de 1 500 m2.
- 4 novembre chez Dominique Laizé à Parigné (35) utilisation d'une chaudière à bois de 200 kw depuis 2 ans pour chauffer ses poulaillers et son habitation.
- 10 novembre chez Daniel Coadou à Plogonnec (29) Daniel a testé un prototype d'échangeur de chaleur pendant 1 an. Il partagera son expérience et ses résultats.
- Date à fixer en Côtes d'Armor. Chantier d'isolation en sous-toiture, avec exposition de matériel.