
Une ambiance tendue régnait dans la salle du Ponant, à Pacé mardi soir. Des producteurs de lait de l'Apli, de la Confédération paysanne et de la Coordination Rurale s'étaient invité à une réunion destinée aux adhérents de la FDSEA et des JA, visant à débattre des positionnements actuels de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) et du travail mené par les responsables nationaux sur le dossier du lait. Plusieurs centaines d'éleveurs en tout étaient présents, certains pour vider leur sac, d'autres pour redonner leurs arguments en faveur de la régulation au niveau européen...
Invité à venir dialoguer avec les producteurs d'Ille-et-Vilaine, Henri Brichart, président de la FNPL, a d'abord rappelé que la production laitière "passe d'un monde totalement encadré à un monde de turbulences. Nous nous sommes battus pour maintenir les quotas et les soutiens aux marchés. Mais, comme l'a confirmé la réunion des ministres de l'Agriculture du 5 octobre, la majorité des Etas-membres ne souhaitent plus s'occuper de la gestion des marchés agricoles. Un avis qui est d'ailleurs partagé par des producteurs agricoles du Nord de l'Europe".
Or, "le secteur laitier ne peut être soumis à la seule loi du marché, ça n'existe d'ailleurs nulle part dans le monde", a déclaré le président qui souhaite la mise en place d'une organisation économique collective des producteurs, "une rénovation de la relation existante entre les producteurs et les transformateurs, permettant de conserver une maîtrise efficace, quotas ou non".
Vives inquiétudes sur la contractualisation
De nombreux éleveurs présents ont affiché leur inquiétude vis-à-vis de la contractualisation, "qui pourrait devenir de l'intégration". "Nous ne voulons pas que chaque producteur aille négocier directement avec sa laiterie. Nous ne devons pas être concurrents entre nous, mais mutualiser au maximum les prix", a souligné Henri Brichart. Il a précisé que le travail national sur les relations producteurs-industriels n'a pas encore abouti. Il devrait être inclus dans le projet de Loi de modernisation de l'agriculture. Pour le moment, la question au niveau de l'Etat est davantage : "Doit-on rendre la contractualisation obligatoire ?"
Sur l'accord du 3 juin, contesté par plusieurs éleveurs, Henri Brichart a répété : "Soit nous l'acceptions, soit nous n'avions pas d'accord et le prix serait descendu à 240, voire 230 euros". Questionné sur le modèle canadien, il a fait le constat que les prix sont effectivement élevés dans ce pays. "Mais les coûts de production aussi, car ces producteurs sont obligés de produire toute l'année avec peu de pâturage".
Sur le court terme, il a rappelé que la FNPL demande l'activation au maximum des outils de régulation existants au niveau européen, une année blanche auprès des banques pour l'ensemble des producteurs et une diminution des charges. Il a aussi mis en avant la valorisation au travers de l'identifiant "Lait des éleveurs de France". En fin de réunion, un producteur a appelé à l'union des agriculteurs, plutôt qu'à la division, dans ce contexte de réorganisation du secteur.
Agnès Cussonneau
Photo : De g. à dr. : Henri Brichart (président de la FNPL), René Collin (président de la FDSEA 35), Marcel Denieul (FDSEA et FNPL) et Benoît Champalaune (JA).