
Le sorgho sucrier est une plante à ne pas négliger". Deux années d'essais ont convaincu Alain Guillou, producteur de lait à Locarn, en Centre Bretagne. "Malgré les conditions climatiques défavorables, les rendements s'avèrent comparables à un maïs semé en sol nu". 10,6 tonnes de matière sèche à l'hectare, l'an dernier. Un peu plus cette année probablement. Hormis le mois de juillet, la culture a bénéficié d'un meilleur ensoleillement et de températures sensiblement plus élevées en 2009.
Pourquoi réaliser des essais sur une plante traditionnellement confinée aux régions sèches? "D'une part, j'ai quelques parcelles séchantes. D'autre part, en régime maïs fourrage, plat unique, les laitières perdent un peu d'appétit en fin d'hiver. Je souhaitais varier leur menu sans apporter des betteraves, pour des raisons pratiques". De fait, l'hiver dernier, les 55 Montbéliardes du troupeau ont consommé une ration à 25% de sorgho et 75% de maïs pendant trois mois à compter du 15 novembre. "Je n'ai pas constaté la perte d'appétit habituelle, en fin d'hiver, ni d'incidence sur la production laitière au changement de ration". Les conditions climatiques estivales pouvant difficilement être pires que celles des deux dernières années, Alain est convaincu de l'intérêt du sorgho sucrier dans le système fourrager en Bretagne. "Si j'en avais mis en 2003…". Il avoue avoir eu quelques sueurs froides, la première année. "Je me suis un peu affolé. Le développement de la plante est plus lent que celui du maïs. J'ai bien cru que mes trois hectares ne produiraient rien". La pousse estivale est ensuite très rapide et compense un démarrage difficile.
Étourneaux
Facile à conduire, la culture du sorgho a bénéficié d'un apport de 40 m3 de fumier par hectare. Le coût de production est similaire à celui d'un maïs en sol nu. Alain voit un autre avantage au sorgho. "La valeur alimentaire est procurée par les sucres solubles présents dans la plante au moment de l'ensilage. Les grains ont peu d'importance. Les étourneaux ne s'y intéressent pas". Une nouvelle parcelle de trois à quatre hectares sera ensemencée l'an prochain. Si la greffe prend en Centre Bretagne…
Bernard Laurent
Photo : Le sucre est dans la plante. Même s'il ne parvient pas à maturité, le sorgho sucrier BMR est bien valorisé en ensilage. Sa valeur est proche de 0,95 UFL. Les rendements sont de 12 à 13 tonnes de MS/ha au maximum en Bretagne.
Augmentation du lait à 4%
Des essais réalisés à la station expérimentale des Trinottières (49), présentés le 31 août dernier, montrent que contrairement aux sorghos sucriers et grain conventionnels, les sorghos sucriers BMR permettent des performances zootechniques comparables au maïs. Les résultats de production sur des lots de laitières nourries avec des rations 100% maïs ou 50% maïs – 50% sorgho sucrier BMR (+ correcteurs) sont à l'avantage de cette seconde ration, en production corrigée. L'ingestion totale est moindre, de deux kilos (meilleure efficacité alimentaire). Le lait brut également, de 0,9 kg. Le TB est supérieur (+4,4 g/kg) et le TP équivalent. Cette tendance se retrouve sur des essais avec des rations 50% maïs – 50% mélange céréalier d'une part et 50% sorgho – 50% mélange céréalier d'autre part (Lait brut: - 1, TB : + 3,3, TP : +0,5). Les essais réalisés sur l'engraissement de génisses laitières semblent favorables au sorgho sucrier. La croissance hivernale est supérieure dans le cas d'une ration sorgho-foin-correcteur que dans le cas d'une ration maïs-foin-correcteur (756 g/jour contre 695 g/jour). Une meilleure croissance qui se confirme pendant la période de pâturage par la suite.