
On a entendu le message des élus, des associations, excédés par les marées vertes. Ils n’en veulent pas aux paysans, mais au modèle agricole ». De leur côté, les agriculteurs sont eux aussi excédés d’être mis au banc des accusés.
Alors, il est temps selon lui de remettre les choses à plat. « D’abord le modèle breton a répondu à une attente de la société, produire beaucoup et à bas prix ». D’où ce développement des productions animales sur un territoire restreint. Une responsabilité partagée : « Les maires ont signé les permis de construire, les préfets ont donné les autorisations d’exploiter, les banques ont financé avec la participation de l’Etat ». Pas question donc de faire des seuls agriculteurs des boucs émissaires.
Il ajoute : « Ce modèle montre cependant ses limites ». Et l’illustre par quelques chiffres : « le revenu agricole breton en queue de peloton du revenu agricole des régions françaises (12 000 euros/UTH en 2008) ; un solde net négatif de 16 000 emplois (chefs d’exploitations, conjoints, aides familiaux et salariés de la production) entre 2002 et 2007 ; un métier qui n’attire plus avec une installation pour cinq départs . Et tout ceci dans un environnement dégradé avec les problèmes que l’on connaît sur la qualité de l’eau, les algues vertes... »
Une réponse politique
Constat alarmant pour la Confédération qui l’explique par un trop plein de production. « Nous concentrons sur 6 % du territoire français, 60 % de la production porcine, 50 % de la volaille et 20 % de la production laitière ». Pour quel résultat ? « Une fracture entre les agriculteurs et la société. Et ce ne sont pas des ½ mesures qui ne donneront que des ¼ de résultats qui pourront renverser la tendance ».
Plutôt que l’affrontement, la Confédération veut débattre pour un projet clair et négocié. « La société (élus, associations de consommateurs, de défense de l’environnement), doit dire clairement ce qu’elle attend de son agriculture ». Avec toutefois les réserves clairement exprimées par Thierry Thomas : « Plus de qualité, moins d’impact sur l’environnement et des prix bas, ça on ne sait pas faire ».
La seule solution pour mettre un terme à cette opposition radicale est donc le dialogue. « Nous n’avons plus aucun intérêt à défendre ce modèle. Et le milieu agricole ne peut décider seul de son avenir. Nous n’attendons pas de solutions techniques, mais des réponses politiques». Au final, conclut-il « c’est une feuille de route dont l’agriculture a besoin et non du réglementaire pour contrôler et adapter un système qui ne marche pas ».
Pierre Dénès
Photo : Thierry Thomas, porte-parole de la Confédération Paysanne de Bretagne