
L'accord européen de novembre 2008 et les choix français de 2009 ont pour objectifs une Pac plus équilibrée, compatible OMC et soucieuse du maintien d'agriculteurs sur les territoires les plus fragiles. L'un des volets a consisté à supprimer progressivement les aides couplées et à introduire davantage de modulation (10 % à échéance 2012).
"La prime couplée cultures (en moyenne 87 euros/ha en Bretagne) servira pour 45 % à revaloriser les DPU historiques et à 55 % pour la constitution d'une réserve destinée à la prime à l'herbe, aux DPU légumes…", résume Jean-Yves Morice, de CerFrance Mayenne. De même, le prélèvement supplémentaire de 5 % (modulation) sera affecté aux nouveaux soutiens spécifiques pour les protéagineux, la diversité des assolements, le secteur ovin….
Quelles conséquences pour l'Ouest ?
"Un éleveur laitier spécialisé de l'Ouest fait quasiment une opération blanche, avant modulation, pour un assolement fourrager contenant 35 % de maïs", souligne Luc Mangelinck, de CerFrance Ille-et-Vilaine. Les systèmes "herbe" sont moins touchés que les systèmes ayant 40 à 50 % de maïs dans la ration. "Malgré tout, le complément herbe se révèle peu incitatif pour les éleveurs". Avec un découplage à 100 %, les producteurs seront davantage confrontés aux conditions du marché.
En viande bovine, l'activité d'engraissement se trouve fragilisée. Compte tenu du découplement des aides, à échéance 2010, un hectare consacré au maïs pour l'engraissement de jeunes bovins à base de broutards ne dégagera pas une rentabilité plus forte qu'un blé. "La poursuite de l'engraissement sera plus difficile à justifier, compte tenu du travail, du financement du stock et des bâtiments", estime l'économiste. Par contre, en vaches allaitantes, la baisse des aides est limitée, grâce aux DPU. Dans cette production, la rentabilité dépendra de la maîtrise des coûts et de la valorisation de la viande.
Respecter les BCAE
En productions végétales, la baisse moyenne de la rentabilité serait de l'ordre de 50 euros/ha. Des éléments nouveaux comme les aides à la diversité des assolements ou celles octroyées aux protéagineux pourront amortir cette baisse. Pour les légumes, le nouveau DPU créé sera de l'ordre de 80 à 100 euros/ha.
Dans le cadre des BCAE (Bonnes conditions agricoles et environnementales), deux nouvelles mesures sont créées : la bande tampon permanente de 5 m de large, le long des cours d'eau, le maintien des particularités topographiques et des surfaces de prairies. "Ces BCAE n'apportent pas d'aides spécifiques mais elles sont au moins aussi importantes, car le non-respect peut entraîner des pénalités", déclare Luc Mangelinck. Il faut notamment être vigilant en cas de projet d'agrandissement avec reprise de prairies, il y aura moins de souplesse qu'avant. De manière globale, on s'oriente vers un découplage quasi-complet des aides et la rentabilité économique des productions sera déterminante.
Intégrer au quotidien
Quelle sera l'évolution de la Pac, au-delà de 2013 ? Dans l'Union européenne, 27 pays sont maintenant autour de la table. "Chacun veut défendre ses droits. Le Parlement et la Commission sont co-décisionnaires sur l'agriculture, dans le cadre du Traité de Lisbonne", explique Anne-Yvonne Hénot, de CerFrance Finistère. Ils devront faire face à des tendances lourdes, notamment la sensibilité sociétale sur la préservation de l'espace. "L'agriculture n'a plus la seule fonction de production. C'est un secteur stratégique". On s'oriente vers plus de découplage et de conditionnalité et sans doute à terme, vers une aide unique, quel que soit le pays et la production.
"Ces réflexions doivent être intégrées dans la gestion au quotidien", estime Michel Mingam, directeur de CerFrance 29. "Lors des reprises, il faut être vigilant à la valorisation économique des entreprises et intégrer une marge de sécurité dans les prévisions". Le découplage entraînera une nouvelle hiérarchie entre productions et la nécessité de bien connaître ses coûts.
Patrick Bégos
Photo : Anne-Yvonne Hénot, responsable conseil gestion CerFrance Finistère, et Luc Mangelinck, ingénieur d'études CerFrance Ille-et-Vilaine.
Une crise grave
"Les agriculteurs doivent faire face à la crise la plus grave depuis 30 ans", souligne Jean Michel Lebret, président de CerFrance Bretagne. En production laitière, la situation financière se dégrade, le coût de production progresse avec les mises aux normes et les charges alimentaires. Les revenus ont fortement chuté et 70 % des éleveurs sont confrontés à des difficultés de trésorerie. En production porcine, l'amélioration des cours du porc tarde à venir. "Nous échangeons avec les producteurs, après analyse de leur point d'équilibre et mise en place d'un tableau de bord. Il faudrait un accompagnement des pouvoirs publics, pour alléger les charges".