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Pondeuses / Chez Stéphane et Sophie Guervilly à Goudelin (22)
 

C'est l'aboutissement d'un rêve et surtout d'une réflexion qui a duré 2 ans et demi", résume Stéphane Guervilly de Goudelin. Avec son épouse Sophie, il vient de construire 2 bâtiments neufs abritant 182 000 poules pondeuses. "Ce n'est pas une création, ni une extension d'élevage. Nous avons depuis 1994, un droit à produire de 182 000 poules", insiste Stéphane. La famille Guervilly produit des œufs depuis 45 ans. Stéphane s'est installé en 1990, avec sa mère et 120 000 poules. Quatre ans plus tard, ils ont eu une autorisation d'exploiter pour 182 000 poules.


Deux choix possibles


Avec les nouvelles normes de 2003, (550 cm2), il a fallu redescendre à 149 000 poules. "Jusqu'en 2007, nous avons fonctionné comme un centre de conditionnement en calibrant nos œufs. Pour des raisons de main-d'œuvre et de marché, nous avons arrêté le calibrage pour livrer nos oeufs en "tout venant" à la Coopérative du Gouessant". En parallèle, Stéphane et Sophie ont commencé à réfléchir aux normes bien-être (750 cm2 par poule) qui s'appliqueront à tous les élevages en janvier 2012. "Nous avions 2 choix possibles : rénover nos 4 poulaillers et en construire un cinquième pour atteindre notre droit à produire de 182 000 poules ou construire 2 bâtiments neufs". Compte tenu de leur âge (42-43 ans) et de leur volonté de maintenir un outil performant, ils ont opté pour la seconde solution. 
Chaque bâtiment (127 m x 17 m et 9,50 m de haut) abrite 91 000 poules sur 6 rangées de batteries avec 8 étages avec une passerelle intermédiaire entre le 4ème et 5ème niveau. L'ambiance est régulée par une série de turbines en pignon. Les cages Zucami ont une capacité de 50 poules avec les accessoires bien-être de la réglementation 2012 (nid, perchoir, surface de grattage, et même lime à ongle).
Le travail d'élevage ainsi que la conduite de 3 000 m2 de poussinière est assuré par 4 personnes (le couple et 2 salariés). "Nous travaillerons en bande unique. Les poulettes entrent à 18 semaines et sont réformées à 75 semaines". Les œufs sont ramassés tous les jours, sauf le dimanche. Tout au long de la chaîne, ils ne seront touchés que par la personne qui les consommera, ce qui offre les meilleures garanties sanitaires.


16,50 euros par poule


Au niveau environnement, toutes les fientes sèches (2 500 t/an) sont acheminées hors Bretagne, vers les zones de grande culture ou les jardineries. Il n'y a pas de plan d'épandage. "Ce projet ne pollue pas, car l'ensemble de l'azote produit est exporté, même si, administrativement, il est comptabilisé sur le canton".
L'investissement global s'élève à 3 millions d'euros soit 16,50 euros par poule. Un contrat de reprise sur 5 ans, avec une garantie partielle du prix de l'œuf indexée sur le prix de l'aliment permet d'y faire face, sur la base de 305 œufs/poule/an. "Même si la conjoncture de l'œuf est bonne, compte tenu d'une diminution de la production allemande, il n'est pas souhaitable d'aller au-delà de 20 euros d'investissement moyen par poule sur un site", souligne Joël Rouault, responsable technique et commercial au Gouessant.


Expliquer au public


"Les conditions de vie des poules seront meilleures et nos conditions de travail aussi", résument Stéphane et Sophie, avec l'espoir que les œufs produits selon les normes bien-être soient mieux valorisés que les autres, ce qui est déjà le cas dans certains magasins.
Lors de la porte ouverte, ils ont eu la bonne idée d'inviter les voisins, pour leur expliquer les nouvelles normes bien-être et démystifier l'opinion qu'avaient certains sur ce type d'élevage peu fréquent en Bretagne. Ils sont repartis avec une meilleure connaissance des bonnes conditions de vie des poules en cage.   

Patrick Bégos


Photo : Deux poulaillers de 17 m de large abritent chacun 91 000 poules pondeuses, sur 8 étages de cages. La ventilation en pignon assure une bonne qualité de l'ambiance.  





75 % du parc à aménager


La production européenne d'œufs a baissé alors que la consommation a augmenté car l'œuf est un produit peu coûteux (1,5 % pour les 8 premiers mois). Depuis quelques années, les centres de conditionnement ont déserté la Bretagne pour s'implanter auprès des grandes villes. "Les problèmes de logistique sont l'une des clés de la rentabilité de la filière bretonne", explique Joël Rouault. La Bretagne élève 20 millions de poules pondeuses dont 14 millions de poules standards et 6 millions de poules alternatives (plein air, bio,…). "Dans le contexte actuel, il faut proposer un panel de produits (standard, plein air, bio,…) pour obtenir certains marchés".
En moyenne, 1 poulailler breton de poules standards sur 4 est équipé de nouvelles cages bien-être 2012, aménagées ou aménageables. Il reste donc 75 % des bâtiments à équiper. "Avec un investissement moyen de 20 à 22 euros par poule, le besoin global de financement s'élève à 400 millions d'euros", estime Joël Rouault. Au-delà du problème financier, il faut prendre en compte l'impossibilité pour les entreprises de réaliser ce travail, avant janvier 2012. Une rallonge de 2 ans sera nécessaire pour mener à bien ces chantiers. Ce délai serait bénéfique pour les éleveurs qui ont investi en 1998-1999 et qui sont toujours en cours de remboursement.
Le volet social doit aussi être pris en compte. "20 % de notre production est réalisé par 40 % de nos adhérents qui ont moins de 40 000 poules. Certains passeront en production alternative, d'autres ne pourront pas investir dans les nouvelles cages ou ne voudront pas". Ces droits à produire seront partiellement rachetés par d'autres producteurs. "Le profil de l'élevage spécialisé de demain se situe autour de 100 000 poules pour un couple". 



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Date de l'article : semaine du N° du 2 au 8 Octobre 2009
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