
Installé depuis 17 ans en production de lapins avec 700 cages-mères, j'ai dû travailler, cet été, à l'extérieur, pendant 10 semaines (un saut de bande). Je ne pensais pas vivre cela". L'amertume pointe dans les propos de Philippe Raison, éleveur en Ille-et-Vilaine, et président du Syprolap. Le saut de bandes a été réalisé chez les volontaires avec compensation financière, pour que les jeunes investisseurs puissent continuer à produire et à financer leurs investissements.
"Globalement sur 15 semaines d'été, le groupement a réduit sa production de 16 % par rapport à la même période de 2008. Et le prix payé durant l'été n'a pas dépassé 1,30 euro/kg, soit 4 cts de baisse par rapport à ceux de l'été 2008", souligne Eric Guillermic, animateur de Celtalliance et Syprolap.
Sur les 9 premiers mois de l'année, la production française de lapins a encore baissé de 4 % et la consommation également de 4 %. L'effort du maillon production aboutit actuellement à l'absence de stock de lapins congelés, dans les abattoirs. On repart avec une situation plus saine.
Moins de charges alimentaires
Les actions de promotion de la viande de lapin, réalisées à l'automne par le Clipp, devraient relancer la demande. Considérant qu'ils ont fait des efforts de maîtrise, les éleveurs espèrent une contrepartie des abattoirs." En effet, le prix de revient, avec rémunération, se situe actuellement autour de 1,80 euro/kg pour un prix de vente de 1,60 à 1,65 euro/kg", déclare Pierre-Arnaud Wacquez, de Celtalliance SAS. "En l'espace de 2 ans, la baisse de volume atteint 20 % en Bretagne". Les aides des pouvoirs publics sont nécessaires. La Région doit continuer à soutenir la profession
Des éléments favorables laissent espérer la fin de la crise. Le rééquilibrage entre l'offre et la demande s'amorce.
Performances améliorées de 10 %
La baisse des coûts de matières premières alimentaires, depuis fin 2008, est un autre élément positif. L'impact est important sur le coût global de production. Avec sa richesse en Omega 3 et 6, la viande de lapin a des atouts nutritionnels, qu'elle doit davantage mettre en avant.
Malgré les difficultés, les producteurs ont continué à travailler sur leurs coûts de production, en améliorant la conduite d'élevage. "Le poids de viande produit est ainsi passé de 14,2 kg/IA en 2007 à 15,6 kg actuellement, soit une progression de 10 % en 2 ans", précise Gaël Le Houédec, de Sanders Ouest. "Les charges autres qu'alimentaires ont diminué, notamment les dépenses de santé". Le tryptique éleveur-technicien-vétérinaire permet une approche de la femelle dans sa globalité. Ces gains de productivité montrent la motivation de toute une filière, avec une viande qui a beaucoup d’atouts.
Patrick Bégos
Photo : De gauche à droite : Gaël Le Houédec, de Sanders Ouest, Eric Guillermic, animateur de Celtalliance, Philippe Raison, président de Syprolap et Pierre-Arnaud Wacquez, de Celtalliance SAS.