
Chahutés ces dernières semaines, les responsables lait de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs n’ont en fait jamais lâché leurs dossiers. Mais, ils préféraient ne pas envenimer une situation déjà bien compliquée. Hervé Moël, président de la section laitière de la FDSEA explique : « Beaucoup de lait a coulé, on a fait le dos rond. Nous n’avons pas appelé à la grève, car nous ne voulions pas bercer les éleveurs d’illusions sur des objectifs comme du lait à 400 euros/1000 litres alors que la valorisation économique ne le permet pas, une régulation avec une baisse immédiate de 5 % de la production alors que la France ne fait pas son quota et qu’au contraire d’autres
pays continuent de produire plus… ».
Il ajoute : « Dans une situation aussi dégradée, on ne se voyait pas dire aux producteurs et notamment aux jeunes de jeter leur lait ». Pour autant il ne condamne pas ceux qui se sont engagés dans le mouvement. « C’est un engagement personnel, et nous avons entendu le message». Par contre il regrette le harcèlement dont certains ont été victimes sur le terrain. « Cela risque de laisser des traces et d’être dramatique pour l’ambiance dans certains secteurs ».
Pas une régulation franco-française
La mise au point étant faite, il n’entend pas régler des comptes, mais plutôt apaiser la situation et se concentrer sur les dossiers et sur la défense des producteurs. « L’accord du 3 juin, même s’il n’est pas totalement satisfaisant, nous a permis de ne pas être alignés sur le prix européen qui se situe entre 40 et 50 euros en dessous du prix payé par les entreprises françaises ». Il constate aussi que les revendications du syndicalisme majoritaire ont trouvé un écho auprès de ceux qui ne parlaient au départ que de prix et de baisse de la production. Il cite la demande d’année blanche pour les charges (annuité d’emprunt, charges sociales …).
Au-delà de ces mesures ponctuelles, le syndicat majoritaire ne se fait guère d’illusions sur le Conseil européen des ministres de l’Agriculture du lundi 5 octobre, un conseil informel. Il faudra sans doute attendre encore avant d’avoir des mesures concrètes, si du moins les 27 États membres arrivent à se mettre d’accord. Marie-Thérèse Bonneau, secrétaire générale adjoint de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) plaide de nouveau pour une organisation des producteurs qui puisse réellement peser sur la filière. « Il ne faut surtout pas aboutir à des producteurs concurrents sur un même territoire ». Elle espère que la loi de modernisation agricole (LMA) donnera les moyens de construire cette organisation territoriale forte.
Au niveau européen, ce sont des outils de gestion et de régulation qui sont attendus. « Mais attention, conclut Hervé Moël, pas une régulation franco-française sinon, on assistera encore à une baisse de la production française pendant que d’autres continueront d’augmenter ».
Pierre Dénès
Photo : Sur l’exploitation de Nicolas Boquého à St-Donan, de gauche à droite Marie-Thérèse Bonneau (FNPL), Hervé Moël, responsable lait FDSEA, Jean-Jacques Poëzévara, président de la FDSEA, Ronan Le Denmat, responsable lait Jeunes Agriculteurs, Yves Bazy, responsable lait FDSEA.