
La génomique était à l'ordre du jour de l'assemblée générale du Syndicat des éleveurs Normands des Côtes d'Armor, le 22 septembre à Maroué. Après avoir retracé les différentes étapes de sa mise en place en élevage laitier, depuis le séquençage du génome bovin disponible depuis 2006, Olivier Roze, responsable création génétique Normande Amélis, a rappelé l'intérêt de la Sam 2 (Sélection assistée par marqueurs de seconde génération). "Cette technique est plus précise que l'ascendance et permet une estimation précise du potentiel génétique dès les premiers mois de vie de l'animal. Le choix des jeunes sans performances dans les programmes de sélection va être optimisé. Et la génomique va permettre un gain important en intervalle de génération". Autre avantage : les CD (Coefficients de détermination) vont devenir équivalents entre un index lait par exemple et d’autres caractères faiblement héritables.
Jusqu'à présent, 20 caractères étaient disponibles pour chaque race : 5 caractères en production, 1 en cellule, 2 en fertilité, 7 en morphologie et 1 en vitesse de traite. 15 nouveaux caractères arrivent actuellement, concernant les facilités de vêlage et de naissance, la mortinatalité directe et maternelle, la longévité fonctionnelle et 10 caractères supplémentaires en morphologie.
Utiliser différemment les taureaux génomiques
Formidable vecteur de précision, la Sam ne va pas pour autant se suffire à elle-même. "Le contrôle de performances est toujours d'actualité (quantité de lait, mensurations) pour valider la méthode de calcul et la précision des indexs Sam", précise Olivier Roze. De même, les éleveurs devront être prudents dans l'utilisation des taureaux génomiques en premières indexations car les CD se situent alors, selon les caractères, entre 0,5 et 0,6. "Il ne faudra pas tout miser sur un taureau", mais diversifier les souches. "Même si un taureau génomique paraît moins intéressant au départ, il peut voir son CD s'améliorer au fil du temps, et l'inverse".
Olivier Roze évoque un autre problème qui pourrait être induit par la génomique : le frein du progrès dû à la consanguinité du fait du raccourcissement de l'intervalle de génération. "Nous devons utiliser un grand nombre de pères à taureaux génomiques, pour éviter cette consanguinité, mais aussi pour limiter les déceptions sur la descendance et augmenter les chances d'avoir un animal exceptionnel".
Amelis met à disposition des éleveurs Normands deux types de taureaux génomiques : des "ProfilAdn premium" qui ont déjà évolué favorablement en index, et des "Profil Adn primeur" qui sont de jeunes mâles de 16 – 18 mois renouvelés régulièrement, dont le volume de semence est limité. Du côté de Créavia, des taureaux "Avenir" pourraient être proposés, associés à un profil. "Nous ne prévoyons pas de diffusion large de taureaux génomiques pour le moment, hors schéma de sélection. Mais cela peut évoluer", précise Thierry Nicollas, responsable race Normande à Créavia.
Des taureaux plus segmentés
Outre le gain de temps (de 3 ans), la génomique va apporter aux éleveurs un éventail de taureaux plus segmenté. "C'est intéressant alors que des profils différents d'éleveurs se distinguent aujourd'hui : production de lait, système plus économique", précise David Blanchard, président du Syndicat des éleveurs Normands 22. L'assemblée générale s'est poursuivie l'après-midi avec une visite de l'élevage du Gaec de la Noe Mauny (Landéhen). Le quota de 650 000 L y est produit par 110 VL sur aire paillée, avec des coûts alimentaires bien maîtrisés. "Une preuve que la Normande se conduit également sans problème dans les grands troupeaux", fait remarquer le président de race.
Agnès Cussonneau
Photo : Olivier Roze, responsable création génétique Normande Amélis.
Validation de la filiation avec l'analyse ADN
Pour connaître le profil génétique d'un animal, les éleveurs doivent patienter un peu. Depuis la réception de l'échantillon de sang, le laboratoire met entre six et huit semaines pour typer les animaux. Plus les échantillons sont fournis tôt (dans les jours après la naissance), plus l'éleveur pourra statuer rapidement sur l'avenir d'un animal. Evolution intéressante pour les éleveurs, la validation de la filiation va être faite en même temps.