
Le spectacle des épandages de lait, qui se sont multipliés ces derniers jours dans la région, est spectaculaire. Personne, à commencer par les producteurs, ne souhaitent qu'ils durent. Entre les actions d'épandage, de nombreuses réunions sont organisées. "Nous organisons des réunions d'information pour que des producteurs, non grévistes, cessent de nous dire, lorsqu'on va les voir, qu'ils ne sont pas au courant des revendications de notre mouvement", explique Olivier Le Floch, producteur à Saint-Caradec. "D'autres nous disent : on jettera notre lait quand les autres le feront". La lassitude des premiers grévistes est palpable. "Si tout le monde avait suivi le mouvement, nous ne serions pas là ce soir", poursuit l'organisateur de la réunion d'Inguiniel, (lundi dernier), devant une centaine de producteurs, grévistes et non grévistes.
Ressentiment à l'égard de la FNSEA
Tous les producteurs du secteur ont été invités. Les maires des communes et le député sont présents. Personne n'est mis à l'index. Pourtant, le ressentiment à l'encontre du syndicat majoritaire est fort. "Un seul mot de la FNSEA aurait suffi pour classer cette affaire". Les réactions dans la salle sont éloquentes. "Je fais grève pour ne pas avoir de regrets. À 200 euros des mille litres, j'arrêterai la production. J'aurai au moins la satisfaction d'avoir lutté. Je pourrai me regarder dans la glace". Un jeune agriculteur déplore l'accord signé par le syndicat majoritaire sur un prix du lait à 270 euros des mille litres. "J'ai réalisé mon étude prévisionnelle d'installation à un prix de vente de 310 euros, en 2008". La trésorerie est déjà dans le rouge. "La solidarité n'existe pas. Certains espèrent récupérer l'exploitation du voisin". Malheureusement, fait remarquer un autre producteur: "quand on s'agrandit, on multiplie les emmerdes, pas le salaire". Dans ce climat morose, les revendications de l'Apli réconfortent. Un prix calé sur le prix de revient moyen du litre de lait. Autour de 400 euros la tonne. Une baisse immédiate du quota de 5% pour réguler l'offre. L'application des pénalités laitières dès le premier litre, partout en Europe. Une nouvelle interprofession, une nouvelle représentativité professionnelle.
Un dernier coup de collier
Alors pourquoi ne pas faire grève? Gildas Le Gleut, de la FDSEA du secteur de Plouay, prend courageusement la parole. "Financièrement, je ne peux pas. Nous devons gagner par la voie syndicale. Toutes tendances confondues, nous devons nous mettre autour d'une table. Cette grève a été mal préparée. Il aurait fallu aller voir les banques avant pour négocier des reports de mensualités". Elle ne serait pas suivie, selon le syndicaliste aussitôt repris et contredit par les membres de l'Apli. Entre les 7% de grévistes (version FNPL-Industriels) et les 60% de l'Apli, la conciliation est difficile. Les propositions du syndicat majoritaire sont critiquées. "La contractualisation est une forme d'intégration. Quand aux organisations de producteurs, on voit ce que ça a donné chez Entremont Alliance. Tous les producteurs adhérents étaient issus de la même tendance syndicale. Les autres en étaient rejetés", affirme Pascal Cousté, l'un des animateurs de l'Apli nationale. La question qui se pose désormais est de savoir quand et comment sortir de cette grève. "Nous avons obtenu des avancées significatives", assure Pascal Cousté. "Pas encore suffisantes. Le discours des responsables politiques, notamment du ministre, évolue. Il faut un dernier coup de collier pour montrer que la grande majorité des producteurs refuse la politique libérale de l'Union Européenne". L'association des producteurs indépendants attend aussi, impatiemment, le remplacement de Madame Fisher Boël. Reste à savoir par qui et pour quelle politique.
Bernard Laurent
Photo : Sur les lieux d'épandage (ici à Pluvigner) ou en réunion d'information, comme lundi dernier à Inguiniel, les agriculteurs font part de leur désarroi.
L'impact destructeur de la baisse du prix
Avec un prix moyen de 270 euros/1000 litres en moyenne en 2009, le résultat des exploitations bretonnes chuterait à 12 000euros/UTH familial (27 000 euros en 2008). 60% des exploitations auraient un résultat courant par UTH familial inférieur à 15 000 euros. 17% des exploitations auraient un résultat négatif.
À titre indicatif, avec un prix moyen de 250 euros/1000 litres en moyenne en 2009, le résultat des exploitations bretonnes chuterait à 8 000 euros/UTH familial. 70% des exploitations auraient un résultat courant par UTH familial inférieur à 15 000 euros. 27% des exploitations auraient un résultat négatif.
Source : Chambres d'agriculture de Bretagne, Loudéac mai 2009