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Côtes d'Armor (22)
Grève du lait / Une semaine blanche - Le désarroi s’est exprimé avec force
 

Alors que la grève avait démarré timidement, elle aura pris une autre dimension en fin de semaine dernière. Il est toujours difficile de donner des chiffres précis, car d’un côté les initiateurs se montrent parfois un peu trop optimistes, alors que du côté des transformateurs la  tendance est à minimiser. La vérité se situe sans doute à mi-chemin. Par ailleurs la situation a de toute  évidence été différente selon les secteurs, selon les communes. De même l’arrêt de livraison n’a pas toujours été total et pour certains limité dans le temps.
Mais ce qui est incontestable, c’est que le mouvement a été suivi. De nombreux observateurs ont été surpris par l’ampleur et les organisations professionnelles majoritaires dépassées par une partie de leur base. La stratégie des opérations de rassemblements journaliers, comme le soir à Guingamp avec plus de 300 producteurs dans le calme,  les dons ou distributions de lait et surtout la  multiplication des opérations spectaculaires d’épandages de lait ont contribué à  une grande médiatisation et donc à le dynamiser : 150 tracteurs et tonnes à Plouisy, 250 à Sainte Tréphine, 15 à Hillion. Des opérations accompagnées par plusieurs centaines de producteurs. S’y sont  ajoutés un jeûne de femmes à Rostrenen, un blocage de laiterie à Carhaix … Les élus ont apporté leur soutien.


Un mouvement pour quel résultat ?


La véritable question à se poser dans les jours à venir : Les producteurs seront-ils les grands gagnants de ce mouvement ? Dans  l’euphorie de l’instant, certains pensent que oui. « Un grand mouvement de la base s’est enclenché ». « La hiérarchie a été bousculée ». « Plus rien ne sera comme avant ! », entendaient-on ici et là lors des épandages ou des rassemblements nocturnes. Des déclarations parfois alimentées par ceux qui de toute façon voulaient en découdre avec la majorité syndicale au-delà du problème laitier lui-même.
C’est aux résultats que les producteurs de lait seront néanmoins amenés à juger. Et comme en politique, « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent », il faut attendre la concrétisation. Un représentant du mouvement annonçait mardi soir à Guingamp l’imminence de décisions sur le prix qui serait nettement relevé, sur la régulation à l’étude, le stockage, et sur la reconnaissance de l’EMB au niveau européen comme  l’interlocuteur privilégié dans une interprofession européenne… Des informations qu’il tenait du responsable national, Pascal Massol. Très applaudi, il invitait les producteurs « non plus à faire la grève qui devait s’arrêter au bout de 12 jours, mais de la rétention dans les tanks jusqu’à ce vendredi ».
Les producteurs qui se réunissaient, en principe pour la dernière fois,  mercredi soir à Guingamp vivent sur cet espoir de jours annoncés meilleurs. Difficile pourtant d’imaginer que le dossier laitier aura trouvé une issue aussi favorable en si peu de temps.  Et le plus grand risque pourrait être pour tous ceux, y compris les leaders locaux du mouvement, qui se sont engagés sans compter  d’affronter dans les prochaines semaines « une grande désillusion ».

Pierre Dénès


 


Photo :  La grève s’est déplacée des exploitations vers les champs où se sont déversés les milliers de litres de lait de la colère

 







Pas décidés à écouter


Jean-Jacques Poëzévara président de la FDSEA et Olivier Allain, président de la Chambre ont accepté de venir au contacte des manifestants à Guingamp et à Sainte-Tréphine. Ils ont tenté d’expliquer leurs positions, « favorables à  la régulation, à une maîtrise européenne de la production, à un modèle agricole européen … ». En vain, car le contexte de ces rassemblements n’était pas à écouter des responsables qui ne s’engageaient pas dans la grève.


Il est indéniable que du côté de la majorité professionnelle, il y a très probablement eu une carence, au moins dans la communication. Et une mauvaise appréciation de la grogne et du désarroi dans les campagnes. Victimes localement des déclarations peu adroites de quelques responsables nationaux. Ne pas  l’admettre serait ignorer le problème et ne ferait qu’amplifier une fracture évidente avec cette partie de leur base qui a adhéré au mouvement.


 



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Date de l'article : semaine du N° du 25 Septembre au 1 Octobre 2009
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La révolution rurale des années 60





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