
Hall 2, exposition à l'air libre… Difficile de s'y retrouver, au Space, pour dénombrer l'ensemble des exposants du secteur photovoltaïque, tant ils étaient nombreux (le chiffre de 40 est évoqué) et dispersés. Étant données les incertitudes qui pèsent sur les marchés agricoles, le photovoltaïque peine-t-il en conséquence ? "Pas du tout, répond un président d’entreprise du secteur. Les demandes sont croissantes." Même son de cloche chez un concurrent, qui organisait même des navettes pour visiter des installations durant le salon : "il y a une accélération du nombre de projets. En 2008, nous en avons finalisé 130 en agriculture, d'une taille moyenne de 36 KWc. Actuellement, le double est en attente". Producteurs de lait, de porc, de volaille… tous les secteurs semblent s'intéresser aux vertus du soleil.
Évolutions tarifaires
La filière est, pourtant, en attente de nouveautés concernant les tarifs d'achat photovoltaïque, soit le nerf de la guerre. Un arrêté fixant les nouveaux tarifs doit, ainsi, être pris dans les prochaines semaines. Mais le projet a déjà été dévoilé : s'ajoutant aux tarifs d'intégration au bâti et d'installations au sol (maintenus jusqu'en 2012), un troisième tarif d'achat, baptisé "tarif d'intégration simplifié", devrait donc être créé. Son niveau : 45 c d'euro / kWh. Son but : clarifier la notion de l'intégration au bâti, les critères d'éligibilité étant très précisément définis. "Jusqu'à présent, la notion d'intégration était assez floue, relate Eric Le Corre, en charge du marché agricole au CMB. Désormais, les choses seront clarifiées." Si, dans les faits, les montages agricoles devraient majoritairement continuer de bénéficier du tarif de 60,176 ct d'euro / kWh, certains projets pourraient quand même avoir du plomb dans l'aile. "Certaines structures où les panneaux sont fixés sur bac acier ou en surimposition, par exemple, ne pourront plus être éligibles au tarif de 60,176 ct d'euro", cite Eric Le Corre, qui se refuse néanmoins à parler de révolution tarifaire.
Marché favorable
Autre élément explicatif de la bonne santé du marché photovoltaïque, la baisse du prix des modules. "En 2008, leur prix d'achat a diminué de 30 % passant de 5,5 à 4,6 euros/Wc installé, c'est du jamais vu, indique Eric Le Corre. La crise financière a entraîné une surproduction de panneaux à l'échelle mondiale, surplus qu'il faut maintenant écouler." Pas sûr, de surcroît, que cette baisse de tarif se démente à l'avenir. "La filière est en train de s'organiser en Europe, si bien que des économies d'échelle seront bientôt possibles", explique le spécialiste. Pour qui un seul élément nuance l'euphorie générale : "EDF ne semble pas prendre la peine, actuellement, de se pencher sur les aspects sécurisation et pérennité des systèmes de production d'électricité photovoltaïque, ce qui représente un risque opérationnel grandissant. Si le marché explose, demain, ils n'auront pas d'autre choix que de le faire."
Anne-Laure Lussou
Photo : Qu'ils concernent la rénovation de bâtiments existants ou la construction de bâtiments neufs, les projets photovoltaïques continuent de se développer en agriculture, avec des tailles grandissantes.