Jusqu'à fin mai, les prix ont été corrects, meilleurs que ceux de l'année dernière", précise Pierre Diot, responsable de la section nationale tomates. Sans doute du fait du déficit de tomates espagnoles à ce moment, ces productions ayant eu des problèmes sanitaires et de rendements. En juin, les cours ont fléchi, pour carrément se détériorer sur juillet et août (prix départ station de 65-70 cent. d'euro/kg, voire 45-50 centimes au pire de la crise cet été). "En grappe, les cours sont inférieurs de 7% à ceux de l'an passé, qui étaient déjà descendu de 4% par rapport à l'année précédente. Les produits de segmentation se sont plutôt mieux placés en prix (cerises, cocktails…)", note le responsable.
Environ 80% des tonnages bretons ont été commercialisés. Restent 20%. Mais pour ces produits de fin de campagne, la tendance est également inquiétante : "Les cours ne remontent pas comme ils le font habituellement mi-septembre". Une des explications avancées : la Belgique et la Hollande, dans un contexte de crise économique, s'orientent plutôt sur des pays solvables comme la France, plutôt que sur leurs marchés d'exportation habituels (Pays de l'Est de l'Europe). "Pour que les producteurs puissent équilibrer, il faudrait avoir un prix logé (départ station) de 1 à 1,10 euro/kg, en moyenne sur la campagne. Or cette année, nous nous dirigeons plus vers 90 centimes", regrette Pierre Diot.
Le prix du gaz en hausse
Sans compter que le prix du gaz, énergie dominante dans les serres bretonnes, a augmenté sur cette campagne (le fioul a par contre baissé). De nombreuses entreprises du secteur connaissent donc actuellement de très grosses difficultés économiques, alors que les réflexions sur les nouvelles implantations de cultures et les commandes sont en cours. Est-ce que les banques vont suivre dans un tel contexte ?
Les producteurs de fruits et légumes français dénoncent depuis longtemps les pratiques commerciales de la grande distribution (ristournes, rabais et remises), ainsi que le différentiel de coût de main-d'œuvre existant entre les pays européens (Espagne, Allemagne). Lors d'une table ronde nationale réunissant représentants de la production et du commerce en fruits et légumes, Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture, a annoncé un projet de mesure concernant une partie des charges patronales sur le travail saisonnier. "C'est une mesure intéressante pour le secteur, mais qui aura moins d'impact pour les producteurs de tomates. Nous employons beaucoup de salariés permanents, au moins 50%". Une autre orientation visant la suppression des rabais, remises et ristournes en période de crise a été évoquée. Affaire à suivre.
Agnès Cussonneau