
Zones d’excédent structurel, zones d'actions complémentaires, bassins versants contentieux, et demain peut-être schémas d'aménagement et de gestion des eaux : le zonage du territoire breton confond les plus avertis. Le contexte environnemental impacte l’évolution des structures. L’obligation de traitement participe à l’augmentation de la taille de certains ateliers et fige les exploitations qui n’y ont pas accès. Elle limite, dans tous les cas, les investissements productifs qui permettraient de combler le fossé qui se creuse avec les ateliers du nord de l’Europe. Faute de pouvoir créer des structures modernes permettant de respecter des règles strictes de biosécurité et d’obtenir une forte productivité, beaucoup d'élevages risquent la déprise. « En terme de prolificité, les résultats des 1% meilleurs élevages français correspond à la moyenne au Danemark ». Les propos de Christine Roguet, ingénieur à l’Ifip, illustrent le problème qui se pose actuellement à la filière française et régionale. La réglementation pèse lourd. Les situations sont plus souvent subies que choisies. « Face à l’obligation des mises aux normes « bien-être », plusieurs producteurs renonceront à la production porcine ».
Manque de courage politique
Même lorsque les projets de création ou de restructuration respectent les normes édictées, des associations s’élèvent contre leur implantation. « Le courage politique manque pour faire respecter la loi. La société, même dans la région, accepte l’évolution des structures. Ce sont toujours des minorités qui bloquent les projets », assure Michel Bloc’h, président de l’UGPVB. Les jeunes qui souhaitent augmenter la taille de leurs ateliers pour embaucher un ou plusieurs salariés et bénéficier de meilleures conditions de travail sont bloqués. De même, la restructuration vers des élevages multi-sites, offrant de meilleures conditions sanitaires, ou vers des maternités collectives pour limiter les investissements individuels sont souvent contestés. Le manque de stratégie collective est également préjudiciable. « Les Danois ont une véritable stratégie », affirme Christine Roguet. « Ils envisagent un millier d’élevages de 1000 truies, vendant leurs porcelets à des engraisseurs ». Ces ateliers spécialisés exporteront de plus en plus de porcelets, essentiellement vers l’Allemagne.
Schéma français
Les élevages français de demain seront de trois types, correspondant à trois logiques. Le premier type d’élevage sera de 250 à 300 truies, naisseur engraisseur, en complémentarité avec des cultures sur plus d’une centaine d’hectares, une main-d’oeuvre et des capitaux familiaux. « C’est le prolongement du système actuel qui permet de sécuriser l’épandage des effluents et une certaine autonomie financière », précise Yannick Ramonet, ingénieur à l’Ifip. Le second, de 500 à 1000 truies, visera les économies d’échelle et la productivité du travail. Il se développe, en Bretagne, grâce aux stations de traitement. « Des capitaux importants sont néanmoins nécessaires et la transmission de l’outil de production peu évidente ». Le troisième type permettra d’isoler le naissage, grâce aux maternités collectives. Aux côtés de ces trois grands types d’élevages, une autre manière de produire peut se développer en fonction des demandes des consommateurs. Elle répondra à des cahiers des charges liés à une valorisation des produits : labels, bio.
Pour évoluer rapidement vers ces différents types d'élevages, les professionnels devront mobiliser autour de perspectives ambitieuses et réalistes. Ils devront également accompagner financièrement la transmission et la modernisation des élevages. Au niveau politique, « il conviendrait de redonner un cadre clair et sans équivoque à la procédure d’autorisation et supprimer l'obligation de traitement », selon Christine Roguet. Compte tenu de l’évolution dans les bassins de production concurrents, le temps semble compté.
Bernard Laurent
Photo : Christine Roguet, ingénieur Ifip et Michel Bloc'h, président de l'UGPVB, lors du Space à Rennes.