
Connaître son prix de revient est un impératif incontournable pour la plupart les producteurs de lait. "Mais les méthodes peuvent varier. Or, l'intérêt d'un prix de revient est de pouvoir se comparer à d'autres exploitations, françaises ou étrangères, pour mesurer sa compétitivité et agir sur les leviers adéquats", souligne Joseph Langlais, éleveur et membre de l'Institut de l'Elevage. La méthode initiée par l'Institut de l'Elevage inclut les coûts directs (alimentation, santé…), les charges de structure et la rémunération du travail, en isolant l'atelier laitier. Cette méthode sera utilisée, sur le terrain, dans les prochains mois.
De 70 à 80 euros/1000 L
Benoit Rubin a analysé les résultats de 450 producteurs de lait. La grande majorité considère que la réduction des coûts peut se faire sur deux postes : engrais et concentrés, avec le risque de réduire les rendements fourragers et la production laitière. Seuls 7 % d'entre eux s'estiment suréquipés en matériel. Pourtant, la charge de mécanisation représente en moyenne de 70 à 80 euros/1000L, soit plus de 20 % du prix de revient total. "Dans ces exploitations, on note un renforcement de la mécanisation liée directement à l'élevage (manutention, distribution du fourrage et équipement de traite)", précise B. Rubin.
L'élevage est de plus en plus consommateur de temps de tracteur. Pourquoi change-t-on le matériel ? Certaines réponses des éleveurs enquêtés paraissent cohérentes : l'usure, la mise sur le marché de matériels de distribution de fourrage plus innovants. Par contre, 30 % des tracteurs seraient changés pour des raisons fiscales.
Le poids des amortissements
Bernard Le Lan, de la Chambre d'Agriculture de Bretagne, a cerné de plus près la répartition des charges de mécanisation sur des exploitations bretonnes spécialisées en lait. Ce poste comprend les amortissements, les charges d'entretien, de carburant et les travaux par tiers (Cuma ou entreprise). Il varie de 51 à 104 euros/1000 L, soit de 1 à 2.
"L'analyse montre un effet taille (plus l'exploitation est grande, plus les amortissements sont dilués), mais il existe une grande variabilité", explique B. Le Lan, en citant quelques exemples. Avec 51 euros de charges/1 000 L, un éleveur (500 000 L) délègue peu de travaux et travaille avec du matériel amorti alors qu'un autre (306 000 L) atteint un niveau de 106 euros/1000 L en déléguant beaucoup, tout en ayant de fortes charges d'amortissement. "Certains éleveurs sont en apparence des champions de la fiscalité, remplaçant rapidement leur matériel, pour bénéficier des dernières innovations et limiter les prélèvements fiscaux et sociaux, sans mesurer les conséquences sur le prix de revient actuel et futur de leur production laitière".
Des marges de manoeuvre
Sur chaque exploitation, il existe des marges de manœuvre. "Le premier enjeu consiste à bien ajuster le besoin de mécanisation en fonction de la part de cultures annuelles et donc de terres travaillées, de l'itinéraire cultural (nombre de passages), et de la part de fourrage stocké".
La réponse à ces besoins peut privilégier le travail, en déléguant les travaux qui nécessitent de la puissance. Mais elle doit aussi être économique et cohérente, en recherchant les meilleures solutions assurant un compromis entre travail et coût. La délégation permet de gagner du temps et de maintenir le coût global, à condition de ne pas investir en parallèle. Les opérations culturales sont effectuées en temps et en heure et l'éleveur peut mieux surveiller son élevage.
Patrick Bégos
Photo : De gauche à droite : Joseph Langlais, Benoît Rubin et Bernard Le Lan ont montré l'intérêt de connaître et de maîtriser le prix de revient du litre de lait. De gauche à droite : Joseph Langlais, Benoît Rubin et Bernard Le Lan ont montré l'intérêt de connaître et de maîtriser le prix de revient du litre de lait.
Le prix du lait varie de 1 à 4
"Le prix du lait dans le monde est très hétérogène. Il varie de 1 à 4 entre les extrêmes : l'Argentine et le Japon", précise Gérard You, de l'Institut de l'Elevage. Avec 130-140 euros/1 000 L, l'Argentine a un prix faible et instable lié à l'évolution du prix du soja et au cours mondial du lait. Il n'y a pas de soutien de marché mais des mesures de protection intérieure. "La Nouvelle Zélande (180 euros) est directement alignée sur les cours mondiaux car elle exporte 95 % de sa production avec un prix du lait fixé en début de campagne". Au Canada, (autour de 400 euros), le prix est élevé et croissant. La production est contingentée et ajustée aux besoins intérieurs, dans un pays déficitaire en lait. Au sein de l'Union européenne, on note aussi des écarts importants de 1 à 2 entre la Pologne et la Grèce, en fonction des mix-produits et des fabrications. "Dans le nord de l'Europe, les prix ont tendance à s'aligner sur un même niveau, en quelques années". La France se situe dans la moyenne européenne.