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Marchés / Tension sur les denrées agricoles - L'indispensable régulation
 

Pendant 30 ans, les outils privilégiés par la Pac ont été la mise en place de prix d'intervention pour garantir un prix minimum aux agriculteurs et les protections douanières (taxes à l'importation). En 2003, un véritable tournant a été opéré avec l'introduction du découplage et DPU (droits à paiement unique). Les outils de régulation utilisés pour éviter des déstabilisations importantes des marchés sont progressivement abandonnés. Alors que l'essentiel des décisions prises va s'appliquer progressivement à partir de 2010, il est difficile de pronostiquer les conséquences pour les activités agricoles et agroalimentaires. Un débat organisé par Adevia au Space et animé par Joseph Ménard, vice-président de la Chambre régionale d'Agriculture a exploré quelques voies.


Protection minimale indispensable


Le cocktail "découplage-moins de régulation des marchés" va-t-il renforcer l'instabilité des prix sur les marchés agricoles intra-européens alors même que l'instabilité sur les marchés mondiaux est accentuée depuis quelques années ? L'exemple du secteur laitier en est une illustration. Aux difficultés économiques s'ajoute l'insuffisance d'outils pour intervenir sur les marchés et les conséquences peuvent être dramatiques. 
Pour Vincent Chatellier, économiste à l'Inra, "l'agriculture européenne doit être régulée". Sans revenir aux instruments d'antan, il s'agit de proposer aux agriculteurs européens notamment à ceux engagés dans des productions à cycle long, des instruments qui permettent d'atténuer les fortes oscillations de prix liées à une inadéquation momentanée de l'offre et de la demande.  "Une protection minimale aux frontières est nécessaire, de même qu'une intervention publique directe sur les marchés (stockage), même si elle doit être limitée". Avec la suppression des quotas, les pouvoirs publics doivent offrir "un cadre qui permette à la future contractualisation entre producteurs et industriels de s'établir dans des termes équilibrés". L'agriculture européenne a besoin d'une Pac ambitieuse, innovante, estime l'économiste.


Pas le droit d'innover


Terrig Morgan, producteur laitier gallois et président d'un groupe de stratégie laitière, est ravi de voir l'Europe annoncer la fin des quotas. Il a racheté des droits à produire à prix élevé. "J'avais accès au marché du lait frais et je ne pouvais pas accroître ma production sans racheter des droits. Je n'avais pas le droit d'innover". Il se situe résolument en tant qu'entrepreneur dans un marché libéral et pense qu'il est difficile de réguler une production dans un marché mondial non régulé.  
Knud Buhl est directeur international de Danish Meat Association qui regroupe Danish Crown et ses filiales. "Nous exportons 90 % de notre production de porcs dans 130 pays. Pour être compétitifs, nous transformons notre production dans des pays autres que le Danemark, où la main- d'œuvre est moins chère. Mais, nous ne sommes pas sur le même pied d'égalité que nos concurrents des pays tiers". Il cite l'exemple des OGM. "Si on ne modifie pas la réglementation actuelle, on risque une réduction de 30 à 40 % de la production européenne de porc et de volaille". Il estime que les accords bilatéraux de pays à pays sont de plus en plus ardus et qu'on ne peut pas démanteler tous les outils de régulation.


Des coûts plus élevés


Producteur de céréales et président de la Chambre d'Agriculture de Wielkopolska, le polonais Piotr Walkowski ne peut pas lutter contre les coûts de production de ses voisins ukrainiens (80 euros/t). "À ce prix, sans régulation européenne, on ne s'en sort pas car nos coûts de production se situent entre 120 et 135 euros/t". Il ajoute "sans l'appui de politiques d'intervention européennes, on ne peut pas résister". 

Patrick Bégos


 


Photo : De gauche à droite Piotr Walkowski, (Pologne), Knud Buhl (Danemark) et Joseph Ménard, vice-président de la Chambre régionale d'Agriculture.


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Date de l'article : semaine du N° du 25 Septembre au 1 Octobre 2009
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Les glaces, délices de la ferme de Patricia et gilles





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