
L'ensemble des productions du département sont en crise", affiche d'emblée René Collin, président de la FDSEA 35, lors de la conférence de presse de rentrée le 11 septembre à Rennes. La production laitière, en tête dans le département, connaît un prix très bas depuis de nombreux mois avec des charges qui, elles, ne cessent d'augmenter. "Les producteurs subissent une crise économique, mais aussi une crise de sens. Jusqu'alors la production laitière était protégée par deux remparts : les quotas et l'intervention. Mais, en 2003, la Commission européenne a décidé de les supprimer progressivement", précise Marcel Denieul, vice-président de la FDSEA. "Depuis 2007, nous ressentons les soubresauts de la dérégulation des marchés. Les producteurs sont en perte de repères".
Alors que du côté de la Communauté européenne et des Etats, la volonté de continuer dans cette direction s'affirme, "nous souhaitons conserver des éléments de lisibilité par l'organisation de la filière", exprime Marcel Denieul. "Un travail difficile et lourd s'engage avec l'objectif de tirer les prix vers le haut et de formaliser les relations entre les producteurs et les transformateurs". Le vice-président ajoute que les producteurs ne seront pas seuls face à leur entreprise pour négocier.
Il salue des initiatives telles que celle de l'Association des éleveurs de Bretagne apporteurs de lait à Entremont Alliance (AEBEA), qui ont su se regrouper pour négocier, et espère que le dossier trouve de la stabilité. 400 producteurs en Ille-et-Vilaine sont concernés. Au sujet de la grève du lait entamée depuis une semaine par certains éleveurs : "elle est le signe d'un profond malaise.
Les jeunes davantage touchés
Concernant la viande porcine, Nathalie Marchand, secrétaire générale de la FDSEA, se fâche : "Nous sommes dans la troisième année de crise, certains jeunes et récents investisseurs connaissent des situations très difficiles, voire catastrophiques, mais les pouvoirs publics ne réagissent pas. Des dépôts de bilans sont attendus dans les trois mois si l'Etat ne fait rien". L'annonce faite par le ministre de l'Agriculture au Space, mardi 15 septembre, d'attribuer 30 millions d'euros supplémentaires aux filières d'élevage, est un premier pas.
Les distorsions de concurrence concernant le travail dans les abattoirs français, la parité euro-dollar, la baisse de consommation de viande de porc sont des raisons à la crise. Si les prix à la production baissent, ceux en grande distribution affichent plutôt une tendance haussière. "Nous utilisons des outils permettant de connaître les marges de chacun, mais nous n'avons aucune possibilité légale d'agir ensuite", regrette Nathalie Marchand.
"En légumes, les producteurs de tomates notamment connaissent de grosses difficultés : les prix sont faibles avec des coûts énergétiques forts et des distorsions sur la main-d'œuvre. En viande bovine, même les produits de qualité ne se vendent pas bien. Concernant les céréales, les rendements satisfaisants ne compensent pas la baisse des prix. En lapins, certains groupements arrêtent la collecte", situe René Collin.
Des installations malgré les crises
Malgré ce contexte difficile, la profession agricole continue à accueillir de nouveaux producteurs. "160 jeunes devraient s'installer en Ille-et-Vilaine en 2009, selon les estimations", chiffre Nathalie Macé (présidente de JA 35). "Le nouveau dispositif à l'installation est aujourd'hui en place. Il facilite l'entrée dans le métier des jeunes non issus du milieu agricole ou s'installant dans des productions ou des activités plus diversifiées (transformation, vente directe)".
Agnès Cussonneau
Photo : De gauche à droite : Nathalie Macé (présidente de JA 35), René Collin (président de la FDSEA) et Marcel Denieul (vice-président de la FDSEA).